Catégorie
: Histoire des Sciences
Auteur
: Emile Pequet
Titre
: Heriger de Lobbes (? - 31 octobre 1007)
Heriger
est né à Meerbeke, près de Ninove vers lan
930 (la date précise nest pas connue). La première
fois que son nom apparaît dans un document, cest en 955
lorsquil entre à labbaye bénédictine
de Lobbes et quil y prend la direction de l école
monastique. Il formera de brillants élèves parmi lesquels
les plus connus sont Burchard, futur évêque de Worms, et
Olbert, futur abbé de Gembloux.
Si
labbaye de Lobbes dépend sur le plan spirituel de lévêque
de Cambrai, par contre, sur le plan temporel, elle relève de
lévêque de Liège. Cest à ce titre
que Heriger entre en relation avec Notger, évêque de Liège,
né vers 930 comme lui, et qui mourra le 10 avril 1008, un an
après Heriger. Séduit par ses qualités intellectuelles,
Notger attache Heriger à sa personne. Les deux hommes deviennent
des amis inséparables. En 989, ils partent ensemble en Italie
pour y régler le problème de la succession de lempereur
Otton II.
Tous
deux se livrent à des études littéraires communes,
à tel point quil est parfois difficile aujourdhui
de discerner ce qui est luvre de Notger et ce qui est dû
à Heriger.
En 990, Folcuin, abbé de Lobbes meurt. Les moines de labbaye
sadressent à leur chef spirituel, Rothard, évêque
de Cambrai, et à leur seigneur temporel, Notger, pour demander
que Heriger devienne leur nouvel abbé. Ce qui fut fait le 21
décembre 990.
A
côté de ses nombreux écrits littéraires,
Heriger a consacré une partie de son temps à larithmétique.
Cest pendant son séjour à Liège quil
avait eu loccasion de sinitier à cette science. En
effet, arithmétique, géométrie, musique et astronomie
- ce quon appelait le quadrivium - ne senseignaient que
dans les écoles cathédrales, tandis que la grammaire,
la dialectique et la rhétorique - le trivium - étaient
réservés aux écoles collégiales. Sous limpulsion
de Notger,lécole cathédrale de Liège était
devenue le foyer le plus ardent de la vie scientifique et littéraire
de lEmpire.
Notger
était en relation avec Gerbert dAurillac, écolâtre
de Reims ( futur pape en 999 sous le nom de Sylvestre II. Né
en Aquitaine vers 935, mort à Rome le 12 mai 1003 ) avec qui
il entretenait une correspondance suivie. Cest à Gerbert
que lon doit, entre autres choses, la vulgarisation en Occident
des chiffres arabes. Labsence du zéro ne rendait pas les
calculs aisés. Aussi fallait-il utiliser une méthode particulière.
Cest cette technique que Gerbert expose dans son traité
sur les abaques. Heriger consacra une grande partie de son temps à
commenter l Abacus de Gerbert et à le rendre plus intelligible
: il nous a laissé un texte intitulé Ratio Abaci Secundum
Divum Herigerum. Pendant longtemps, on a cru ce document perdu jusqu'à
ce quon le retrouve dans la Bibliothèque de Leyde, au siècle
dernier. Par contre, on na toujours pas pu retrouver son autre
traité intitulé Regulae numerorum super abacum Gerberti.
Heriger
est mort à Lobbes le 31 octobre 1007 et fut inhumé dans
la chapelle de Saint Thomas.
Sources bibliographiques
Annales du cercle archéologique de Mons, Les abbés de
Lobbes, ( par Théophile Lejeune ), t.II, 1859, pp.199,200 ;
Biographie Nationale, Heriger, ( par G. Kurth ), t. IX, 1886-87, col.
250 ;
Cantor, Vorlesungen uber Geschichte de Mathematik, t.I, s.d., p. 761
;
Chasles, M., Aperçu historique sur lorigine et le developpement
des méthodes en Géométrie, Paris, 1889, p. 507
;
Fétis, Biographie universelle des musiciens, s.v. Heriger ;
Histoire littéraire de la France, t. VII, p. 206 ;
Ifrah, G., Histoire universelle des chiffres, Seghers, 1981 ;
Koepke, R., Heriger, dans Monumenta Germaniae historica, t. VII ;
Kurth, G., Notice sur un manuscrit dHeriger et d Anselme,
dans les Comptes-rendus de la Commission royale dHistoire, Bruxelles,
1875 ;
Le Paige, C., Notes pour servir à lhistoire des mathématiques
dans lancien pays de Liège, dans Bull. De linst.
arch. liég., 1888, t. XXI ;
Omont, H., Opuscules mathématiques de Gerbert et de Heriger de
Lobbes, dans Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque
nationale et autres bibliothèques, 39 (1909), 4-15 ;
Pirenne, H., Histoire de Belgique, t.I, Bruxelles, 1929, p. 164 ;
Stiennon, J., Une description peu connue de lAquitaine par Heriger
de Lobbes, A. Midi, LXXII, 51, 1960, p. 273-286 ;
Sylvestre, H., Heriger de Lobbes avait lu Dracontius, Le Moyen Age,
LXIX, 1963, pp. 121-127 ;
Van Hemelrycke, A., Heriger de Lobbes, LEthnie française,
1968, 1, pp. 25-27 ;
Voss, Lobbes, son abbaye et son chapitre, Louvain, 1865 ;
Wattenbach, Deutschlands Geschichtsquellen in Mittelalter, Berlin, 1885,
t.I.
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