Voilà près de trois siècles que Jacques-François Le
Poivre est mort à Mons, le 6 décembre 1710. Aujourd’hui, il reste méconnu
– pour ne pas dire inconnu – de la plupart des historiens des sciences,
ainsi que de ses compatriotes. N’est-il pas révélateur que, lorsqu’il
a fallu attribuer des noms aux grands amphithéâtres de l’Université
de Mons, on lui préféra Van Gogh ! Mais cet exemple n’est pas exceptionnel
: son nom n’apparaît même pas dans l’ouvrage aussi monumental que magistral,
dirigé par René Taton[1],
consacré à l’Histoire des Sciences[2].
Quant à l’article signé par M. Mahoney dans le désormais célèbre Dictionary
of Scientific Biography[3]
qui fait aujourd’hui référence dans le monde des chercheurs en ce domaine,
il se contente presque essentiellement de reprendre les propos parus
en 1707 à Leipzig dans les Acta Eruditorum[4],
ignorant totalement les travaux consacrés à notre géomètre au XIXe siècle
par Michel Chasles, Adolphe Quételet, Camille Wins ou Augustin Cambier,
pour ne citer qu’eux.
Pourtant, Le Poivre peut être considéré comme le géomètre
le plus fidèle à la conception arguésienne de la géométrie. Accusé,
dès la parution à Paris de son premier traité sur les sections du cône
en 1704 de s’être inspiré trop librement des Planiconiques de Philippe
de La Hire, il a fallu attendre le XIXe siècle pour que Michel Chasles
démontre qu’il n’en est rien et que les méthodes de Le Poivre font preuve
d’une originalité qui ne doit rien à La Hire. Or, Chasles n’avait en
sa possession que le traité parisien de 1704 ; on peut dès lors regretter
qu’il n’ait pas lu le deuxième traité de Le Poivre paru à Mons en 1708
dans lequel notre géomètre réduit à l’essentiel l’esprit de sa méthode,
la résumant en quelques pages et quelques lignes, comme l’avait fait
avant lui Girard Desargues dans ses Brouillons projects. Un autre point
qui a peu préoccupé les biographes de Le Poivre concerne son origine
familiale. Quelques auteurs ont évoqué la possibilité d’une filiation
entre Jacques-François Le Poivre et un autre montois célèbre : Pierre
Le Poivre, ingénieur, architecte et géographe au service du roi d’Espagne,
qui vécut à Mons à la fin du XVIe siècle. Aucun élément probant n’avait
pu être établi jusqu’à ce jour ; nous
avons pu établir qu’il n’en est rien.
Notre objectif a donc été multiple. Dans un premier
temps, nous avons tracé une généalogie de la famille Le Poivre. Pour
ce faire, nous avons été amené à consulter de nombreux documents : archives
et imprimés anciens ou récents retraçant des généalogies. Le seul dépôt
d’archives qui nous a fourni des renseignements intéressants est celui
des archives de l’Etat à Mons. Mais les informations relatives aux Le
Poivre dépassent considérablement le cadre de la ville de Mons et nous
avons été amené à consulter nombre de dépôts d’archives et de fonds
anciens conservés tant à Bruxelles qu’à Lille, Tournai et Valenciennes.
Nous sommes conscients que n’ayant pas la formation adéquate pour ce
type de recherche, bien des informations ont dû nous échapper. D’autre
part, nous sommes certains que des renseignements précieux pourraient
également être trouvés à Paris ou à Madrid. Les informations que nous
avons pu rassembler dépassent largement le cadre du présent exposé et
nous n’en donnerons que les éléments permettant de situer Jacques-François
le Poivre au sein de cette famille. Ensuite, nous nous sommes plus particulièrement
intéressé aux traités de Le Poivre et aux quelques textes le concernant
parus au début du XVIIIe siècle, afin de rassembler les éléments nécessaires
à une biographie aussi complète que possible de notre géomètre. Enfin,
nous avons fait un relevé des travaux qui ont été consacrés à Le Poivre
depuis plus d’un siècle.
D’après Casimir de Sars, le patronyme des Le Poivre
viendrait de Poyvre, aujourd’hui Poivres, petite commune située près
de Mailly-le-Camp, au sud de Châlons-sur-Marne, entre Sézanne et Vitry-le-François,
qui aurait donné son nom dès le XIIe siècle aux seigneurs du lieu. Le
premier Le Poyvre dont on trouve trace est Thibaut, vivant en 1160,
sire de Poyvre et chevalier banneret[6].
Il était le filleul de Thibaut II, comte de Champagne et de Blois. De
son union avec Mahaut d’Espinoy (Mathilde d’Epinay), vinrent au moins
trois fils dont l’aîné, également prénommé Thibaut, sire de Poyvre et
chevalier banneret, mort en 1200, avait épousé Adelize Guérin, sœur
de Frère Guérin. Ce dernier personnage, né à Pont-Sainte-Maxence vers
1157 et décédé à l’abbaye de Chaalis[7]
en 1227, fut chargé dans la première partie de sa vie, du transfert
des fonds d’outre-mer pour le compte de l’ordre des hospitaliers dont
il faisait partie. Plus tard, Frère Guérin fut le conseiller particulier
du roi Philippe. C’est lui qui, en 1206, dressa l’inventaire des biens
de la couronne et, en 1213, il devint évêque de Senlis. Il se distingua
encore à la bataille de Bouvines, fut l’homme de confiance de Philippe-Auguste
et, en 1223, fut nommé chancelier de Louis VIII. Au cours de sa longue
carrière au service des rois de France, il ne manqua pas d’assurer sa
fortune personnelle et celle de sa famille, en particulier, celle de
ses neveux. Il faut probablement voir là l’origine des innombrables
terres dont les Le Poyvre seront propriétaires jusqu’au XVIIIe siècle[8].
Dans la seconde partie du XIIIe siècle, Louis IX tente
d’accroître son pouvoir dans le domaine royal. En 1263, une ordonnance
prescrit que la monnaie du roi a seule cours dans son domaine et dans
celui de tous les barons qui ne possèdent pas le droit héréditaire de
battre monnaie. Ses agents - les clercs - soucieux d’augmenter leur
propre pouvoir et leur propre prestige au travers de celui de leur souverain,
mécontentent de plus en plus la noblesse. En 1264, une grande partie
de la noblesse champenoise s’insurge contre les clercs. C’est « la révolte
des barons ». Saint Louis ne tolère pas cette rébellion contre son pouvoir.
Vaincus, nombre d’entre eux, ainsi que leurs vassaux, ne trouvent leur
salut que dans la fuite. C’est ainsi que Pierre Le Poyvre[9],
dont la présence est encore attestée en Champagne en 1261 lors de la
participation de son père à un tournoi, apparaît dès 1270 dans le Hainaut
où il s’est réfugié dans les terres qu’il tient de son grand-père, près
de Kiévrain (Quiévrain). Il y épouse Jeanne Desprets de Kiévrain et
y meurt en 1273. Il est le premier d’une longue lignée de Le Poyvre
à être enterré en l’église de Saint-Géry à Valenciennes.
A partir de cette époque, et pendant plusieurs siècles,
les Le Poyvre occupent régulièrement de hautes fonctions dans la magistrature
à Valenciennes et de nombreux documents permettent de mieux connaître
le rôle qu’ils jouent dans le Hainaut. Leur nom se trouve très souvent
allié à d’autres familles valenciennoises telles les Grebert, du Gardin
et Quarouble. On les trouve souvent cités dans des listes de bourgeois-notables
; c’est ainsi que nous savons qu’à la chandeleur 1334, Pierre Le Poyvre
occupe la sixième table lors d’un banquet, tandis que sa mère, Catherine
de le Croix, occupe la première table, aux côtés de Jean de Luxembourg,
roi de Bohème[10].
De gueules au sautoir d’or
Chargé de cinq merlettes d’azur
Les deux de chef adossées
Les deux de la pointe affrontées[11].
Cimier :
Un cygne démembré d’argent
Becqué de gueules.
Support :
Deux lévriers d’argent,
Accolés d’azur,
Les colliers liés de gueules.
De Valenciennes, les Le Poyvre essaiment dans le
Cambresis, le pays d’Ath, Mons, la région de Lessines et également
en Flandre où pendant trois générations, des Le Poyvre occupent la
fonction de bourgmestre de Audenarde[12].
Mais intéressons-nous plus particulièrement aux Le
Poyvre de Mons.
Les Le Poivre de Mons
On trouve au moins deux branches de la famille Le
Poyvre venues s’installer à Mons au début du XVIIe siècle. Toutes
deux sont issues de Pierre Le Poyvre, mort en 1356 à Valenciennes,
dont nous venons de parler. Ce Pierre Le Poyvre avait épousé Isabeau
de le Saulx dont il eut trois fils : Pierre, Jacques et Jean. Pierre,
dont on ne connaît pas la date de la mort, n’a pas eu de descendance.
Jacques, mort en 1383 à Valenciennes, est le chef de la branche d’où
est issu notre géomètre, Jacques-François. Quant à Jean, il est à
l’origine d’une branche cadette qui viendra s’installer à Mons vers
le début du XVIe siècle[13].
Cette branche ne nous intéresse ici que dans la mesure où elle a donné
naissance à Pierre Le Poyvre[14],
ingénieur, architecte et géographe au service du roi d’Espagne dans
lequel on a cru reconnaître un parent proche de Jacques-François.
Nous pouvons affirmer aujourd’hui que ce lien de parenté existe mais
qu’il faut remonter deux siècles en arrière pour retrouver le tronc
commun. Contentons nous de citer quelques descendants de Jean Le Poyvre
ayant laissé une trace dans l’histoire de la Ville de Mons.
Lors des événements qui se sont produits à Valenciennes
vers 1570 et connus sous le nom de Troubles de Valenciennes[15],
plus précisément le 30 juin 1568, Pierre Le Poivre, Vincent Moreau
et Alard Barson, sont pendus à Valenciennes. Pierre Le Poivre, qui
est dit natif de Mons, est accusé d’avoir fait la cène, d’avoir assisté
aux prêches, d’avoir abattu les images des saints de l’église Saint
Géry, saccagé les bancs et les chaises et surtout, tenant en main
des reliquaires d’avoir crié en s’adressant au peuple : « Regardez
messieurs quel poison que voilà ». Il avait aussi pris le commandement
de batteries situées sur les remparts de la ville pour tirer sur les
gens d’armes du roi. Après son exécution, Pierre Le Poivre fut enterré
sous le gibet du Mont d’Ansin[16].
Quoique natif de Mons, il est attesté par divers documents qu’il résidait
à Valenciennes au moment des faits et qu’il était marié à Jacqueline
Laoust, fille de Nicolas et de Catherine de Nimay. Information plus
intéressante pour nous : il avait un frère, Jacques, résidant à Mons.
Ce Jacques est le « tailleur d’imaiges » qui travailla en 1570 aux
stalles de l’église Saint Germain, sous les ordres de Jacques Dubroeucq[17].
En 1573, Jacques sculpte le crucifix sur lequel les personnes citées
devant les échevins de la ville de Mons doivent prêter serment[18].
Sa présence est attestée à Mons depuis 1559 où il réside rue Neuve[19].
Il est mort le 14 janvier 1582[20].
En 1571, apparaît à la rue du Miroir un Pierre Le Poivre venant de
Valenciennes. Il y séjourne jusqu’en 1574 et s’installe l’année suivante
rue Henault[21].
Les registres de 1576 à 1578 ayant disparu, il est impossible de dire
jusqu’à quand il y reste, mais ce qui est certain, c’est qu’en 1579,
il a disparu. Or, un Pierre Le Poivre fut condamné à Mons par le Conseil
des Troubles en 1576[22].
On apprend qu’il venait de Valenciennes et que son frère se prénommait
Jacques !
Nous voilà donc en présence de deux Pierre Le Poivre
condamnés puis exécuté pour les mêmes raisons, ayant chacun un frère
prénommé Jacques et vivant à Mons. Mais l’un fut exécuté à Valenciennes
en 1568 et l’autre à Mons en 1576. Coïncidence curieuse mais pas impossible
car des Pierre Le Poivre ayant un frère prénommé Jacques, nous en
avons trouvé beaucoup d’exemples dans l’histoire de cette famille
et il n’est pas étonnant que deux membres de la même famille aient
été victimes de la Contre-Réforme. Nous ne pensons pas, comme le postule
William Devos, que le Pierre Le Poivre de Valenciennes aurait pu échapper
à l’exécution en 1568 pour venir se réfugier à Mons et n’être finalement
exécuté qu’en 1576 : il existe trop de témoignages précis sur l’exécution
de Valenciennes pour qu’elle n’ait pas eu lieu. Mais il faudrait découvrir
de nouveaux documents pour pouvoir résoudre cette petite énigme qui,
d’ailleurs, sort de notre propos.
Venons-en aux descendants de Jacques Le Poyvre, fils
de Pierre et d’Isabelle de la Saulx. Pendant quatre générations, ses
descendants occupent tous des postes importants dans la magistrature
à Valenciennes. Le 21 octobre 1532, Jacques Le Poivre, fils de Thierry[23]
et de Pasquette de Quaroube[24],
épouse Adrienne de Beaumont[25].
Ils n’ont qu’un fils : Jean, seigneur de Rosel, qui épouse Marie de
Quaroube, fille de Nicolas, magistrat de Valenciennes. Marie donne
naissance à trois enfants : Antoine, Marguerite qui épouse Jean de
Haynin[26], baron
de Bouvignies et Nicolas (ou Nicaise).
Antoine Le Poivre fait des études de droit à l’Université
de Louvain sous le rectorat de Joannis Steynaert[27].
Cité plusieurs fois comme capitaine-bourgeois en la ville de Valenciennes,
il prend une part active dans la répression des Troubles lors de la
révolte des protestants dont nous avons déjà parlé. Le 22 février
1606, quelques mois avant sa mort, l’archiduc Albert lui accorde le
titre de chevalier de Jérusalem en raison des services rendus. Il
est intéressant de noter que, en 1533, Antoine Le Poivre acheta à
Jean Ber d’Auxy, seigneur de Grammene, chevalier de la Toison d’Or
et chambellan de Charles, comte de Charolais, la terre de Merkem,
située à une dizaine de kilomètres de Dixmude, ancienne commune du
Franc de Bruges[28].
Antoine est resté célibataire.
Nicolas épouse Jeanne Du Gardin qui lui donne au
moins un fils, Jacques, qui est le grand-père de notre géomètre.
Jacques-François Le Poivre
Jacques-François Le Poivre est né à Mons et a été
baptisé dans cette ville en l’église Saint-Germain le 11 février 1652[29].
Il avait un frère jumeau : Dominique. Son père, Jacques, avait épousé
Catherine Demeurs le 8 janvier 1650[30]
dans la même paroisse. Catherine Demeurs donne encore naissance à
une fille, Marie-Anne, le 12 septembre 1655[31],
et à un garçon, Jean, le 6 octobre 1659[32].
Il ne semble pas que Jacques-François ait été marié.
Par contre, Dominique eut un fils, Charles-Dominique, qui épousa en
1702, Marguerite Leclercq[33].
Nous ne connaissons rien de l’enfance de Jacques-François. Peut-être
a-t-il fait ses études au Collège des jésuites de Mons[34].
Tout au plus pouvons-nous déduire de ce qu’il dit dans ses traités[35]
qu’il a étudié la gnomonique[36]
et qu’il s’est intéressé à la géométrie de Descartes vers 1680 : «
J’étois parvenu, nous dit-il, au second livre de la Geometrie de Descartes,
quand je m’apperceus, qu’il me manquoit quelque chose pour l’intelligence
de ce livre. J’y appris, que l’Hyperbole & la Parabole, dont je n’avois
encore oui prononcer les noms qu’en Rhetorique & dans la Chaire ,
étoient des lignes courbes de Geometrie : Car pour l’Ellipse elle
m’étoit déjà connue depuis longtemps par la construction de l’Analemme[37]
ou de cet Astrolabe[38],
où presque toutes les lignes horaires sont representées par des ellipses
[...] j’abandonnai donc pour quelque temps le second livre pour passer
au troisieme... »[39].
En outre, à la même époque, il lit la correspondance de Descartes
dans l’édition d’Amsterdam[40]
; en effet, dans la préface de son traité parisien, on peut lire que
c’est à la suite d’une lettre qu’adressa Descartes à Desargues que
Le Poivre s’intéresse au problème des sections coniques[41].
Dès 1687, il publie un traité d’arithmétique intitulé
Instruction nouvelle pour enseigner aux enfants à connaître le chiffre
et à sommer avec les gets[42].
Nous ne possédons malheureusement plus l’édition originale de Le Poivre,
mais si l’on se base sur les éditions ultérieures , on constate qu’on
y retrouve le même souci pédagogique visant à faciliter le calcul
arithmétique, souci déjà présent dans le traité d’un autre montois,
le Père Charles Malapert, qui donnait en 1620 un Arithmeticae practicae
brevis institutio : in qua nova ration dividendi per tabulam Pythagoricam
et alia non passim obvia explicantur, à Douai, chez Balthazar Bellère.
On peut s’interroger sur la terme « gets » qui apparaît dans le titre
de l’ouvrage. La méthode des gets consiste à utiliser des bâtonnets
pour symboliser les nombres dans les opérations de calcul. Elle était
utilisée en Chine depuis fort longtemps et les bâtonnets y étaient
appelés « tché’ou »[43].
La ressemblance phonique est frappante. Mais comment expliquer la
connaissance de cette méthode à Mons en cette fin de XVIIe siècle
? Il se fait qu’un ancien élève du Collège tenu par les jésuites à
Mons, lui-même entré dans l’Ordre, a effectué un long séjour dans
l’Empire du Milieu à cette époque. Le Père François Noël[44],
né en 1651, mathématicien et astronome, connu pour de nombreuses observations
d’éclipses de soleil, de lune et des satellites de Jupiter, envoyait
régulièrement ses observations à des correspondants restés en Belgique.
Le Poivre et le Père Noël, qui avaient pratiquement le même âge, correspondaient-ils
? Ont-ils suivi ensemble les leçons des jésuites ? Voilà des questions
auxquelles nous n’avons pu répondre jusqu’à présent mais qui, nous
semble-t-il, mériteraient d’être approfondies.
En 1691, Mons va connaître un événement considérable
: Louis XIV fait le siège de la ville[45]
qui doit capituler. Le 9 avril les Français occupent la capitale du
Hainaut ; ils y resteront pendant sept années. Peut-être cet événement
eut-il des conséquences importantes pour Le Poivre comme nous allons
l’évoquer plus loin. Peu de temps après le départ des troupes françaises,
en avril 1698, a lieu l’entrée à Mons de Maximilien-Emmanuel de Bavière
en qualité de gouverneur des Pays-Bas[46].
Le Poivre est sollicité pour composer des vers en latin afin de célébrer
l’arrivée de l’illustre personnage, ce qui dénote la notoriété acquise
par Le Poivre dans sa ville. Son poème fut écrit en lettres d’or au-dessus
de la porte de Nimy, à côté des armes ?taillées en profil? du roi
d’Espagne. Voici ces quelques vers que nous rapporte De Boussu[47]
:
Austriadum felix soboles, amor illius orbis,
CAROLE, quem sine vi, quem sine coede regis ;
Se Dominos alii, bellique timenda vocari
Fulmina, tu nomen mite parentis amas.
Jure tuas igitur resonant Montensia laudes
Compita, nec tota est tristis in urbe locus,
Cum videt avulsum reddi sibi denique Regem,
Verius amissum se reperisse Patrem.
Vers 1700, on retrouve Jacques-François Le Poivre
à Paris. Est-ce son premier séjour dans la capitale française ? Nous
l’ignorons ; nous savons simplement qu’il s’y lie d’amitié avec le
mathématicien français Guillaume-François-Antoine de l’Hôpital[48].
On ne peut que constater les nombreuses affinités qui unissent les
deux hommes : ils fréquentent les cercles scientifiques de l’époque[49],
s’intéressent tous deux aux mêmes problèmes de géométrie et font partie
de l’aristocratie[50].
Avant leur rencontre, Jacques-François Le Poivre s’était déjà livré
à quelques études de géométrie ; il avait même déjà rédigé un petit
traité sur les sections coniques[51].
En ayant pris connaissance, le marquis de l’Hôpital l’encourage à
approfondir son étude et, pour le tester, lui soumet un problème non
encore résolu. Laissons Jacques-François Le Poivre expliquer en quelles
circonstances : « il [le marquis de l’Hôpital] me fit remarquer un
jour, que toutes les autres proprietez de ces sections dépendoient
immediatement d’un theoreme sur la proportion des rectangles, sous
les portions de certaines lignes appliquées dans les mêmes sections,
duquel personne n’avoit jusqu’alors donné la vraie démonstration,
qu’il m’exhorta à chercher. Il ne m’en fallut pas d’avantage, pour
me donner l’envie de le faire avec toute l’application dont je pouvois
étre capable. Aussi eus-je le bonheur de trouver ce que je cherchois
après deux ou trois jours de travail. Mr de l’Hôpital en parut a la
verité un peu surpris : car il ne m’avoit pas dit, de peur de me decourager,
ce qu’il m’avoua depuis, qu’il avoit tenté la même chose sans succés,
& que c’étoit là ce qui l’avoit obligé d’avoir recours à un calcul
analytique, qui demandoit même beaucoup d’adresse[52]
».
Pendant près de trois ans, Le Poivre va travailler
à son traité des sections coniques. Dans le même temps, il rencontre
régulièrement Guillaume de l’Hôpital. Les deux hommes échangent leurs
points de vue sur les questions de géométrie qui les préoccupent.
Le Poivre profite de l’expérience du marquis en géométrie tandis que
ce dernier bénéficie de l’originalité des méthodes de Jacques-François.
Il est plus que probable que notre montois a réalisé un bon nombre
de planches du traité de l’Hôpital[53].
Le Poivre lui-même y fait une modeste allusion dans son traité de
1708, Augustin Cambier[54]
signalait, sans plus de détails[55],
que le sixième livre du traité de l’Hôpital devait en fait être attribué
à Le Poivre. Récemment, à la suite d’une analyse plus fine, Jean-Pierre
Le Goff arrivait aux mêmes conclusions[56]
: « […] quelques-unes des 293 figures, réparties en 33 planches, du
traité de l’Hôpital, à savoir les figures 129 à 155 des planches 14
à 18, sont des figures spatiales d’un traitement graphique très voisin
de celui dont use Le Poivre pour son propre traité de 1704 ; il est
vrai qu’elles concernent le Livre sixième intitulé : Des Sections
Coniques considérées dans le Solide, où l’Hôpital traite les coniques
comme section du cône, sur un mode très voisin de celui de Le Poivre
[…] Sur cette question des figures du traité de l’Hôpital, il faut
signaler enfin qu’il en est une qui échappe à la numérotation suivie
des autres : elle est appelée par la mention Fig. A, page 413, et
fait l’objet d’une planche spéciale non numérotée ; elle accompagne
le commentaire d’un problème et semble avoir été conçue à part et
sans doute dans un deuxième mouvement. Serait-ce par Le Poivre ? ».
Jean-Pierre Le Goff va plus loin et émet l’hypothèse que l’un des
deux mathématiciens[57]
qui ont supervisé l’impression du traité de l’Hôpital après la mort
de ce dernier[58],
pourrait bien être Le Poivre. Nous ne partageons pas cette hypothèse
car, comme nous le verrons ci-après, entre 1704 et 1708, Le Poivre
est fort occupé dans sa ville natale. Par contre, nous admettons volontiers
la paternité de Le Poivre en ce qui concerne les planches de sixième
livre. Et nous imaginons que les deux géomètres chargés de mettre
en forme l’édition du traité de l’Hôpital se sont trouvés devant une
masse considérable de planches et que rien ne permettait de deviner
qu’elles n’étaient pas toutes dues au marquis. De là l’absence de
la moindre mention de Le Poivre dans ce traité, l’Hôpital ayant été
trop affaibli dans les derniers mois de sa vie pour écrire une préface
dans laquelle il n’aurait pas manqué d’y indiquer sa collaboration
avec notre géomètre.
Mais revenons aux travaux de Le Poivre. Fin 1703,
Jacques-François a presque complètement terminé son traité ; il n’y
manque que la préface. Il a confié à l’imprimeur Barthélémy Girin[59],
« rüe St-Jacques, vis-à-vis la Fontaine saint Severin, à la Prudence
», la réalisation de son travail. Pierre Ganière a été chargé de la
gravure des planches. Fin décembre 1703 ou début janvier 1704, Le
Poivre, pour des raisons qui restent inconnues, doit impérativement
revenir à Mons. Avant de partir, il va faire ses adieux à son ami
Guillaume de l’Hôpital et lui demande de bien vouloir surveiller l’impression
de son ouvrage. Mais le marquis ne peut engager sa parole car son
état de santé est déjà fort précaire. Le Poivre sollicite alors l’aide
d’un ami du marquis ? dont le nom reste mystérieux ? et lui confie
une préface qu’il vient de rédiger pour son traité. Peu de temps après,
le 2 février, Guillaume de l’Hôpital meurt. Presque simultanément,
sort des presses de Barthélémy Girin le Traité des sections du cylindre
et du cône, considérées dans le Solide & dans le Plan, avec des Démonstrations
simples et nouvelles, par M. Le Poivre, de la ville de Mons[60]
, avec approbation et privilège du Roy, et dédié à Monseigneur l’Abbé
Bignon, conseiller d’Etat ordinaire et Président de l’Académie des
Sciences ; en 61 pages et 48 figures (réparties en huit planches).
Quelques mois plus tard, le Journal des Sçavans[61],
publie un article consacré à l’analyse critique du traité du géomètre
montois. Cet article – dont l’auteur reste inconnu[62]
– constitue à la fois un éloge et une critique. Eloge en ce sens que
l’auteur de l’article souligne les qualités du travail de Le Poivre.
Mais, par contre, il accuse notre géomètre d’avoir utilisé purement
et simplement la méthode que La Hire avait développée dans ses Planiconiques.
Or, une lecture approfondie du traité parisien prouve qu’il n’en est
rien. Cette preuve, il faudra attendre plus d’un siècle pour qu’elle
soit établie de manière incontestable par Michel Chasles dans son
Aperçu historique, reprise ensuite par Adolphe Quételet et enfin par
Constantin Le Paige[63].
Nous nous contenterons ici de souligner quelques points essentiels
permettant d’établir l’originalité du travail de Le Poivre. Tout d’abord,
contrairement à La Hire, Le Poivre n’utilise pas la notion de foyers
; d’autre part, le système des notations qu’il emploie préfigure l’idée
de transformation projective qui prendra tout son sens avec Poncelet.
Enfin, Le Poivre élève sa méthode au niveau de l’abstraction en expliquant
qu’une figure n’est que la concrétisation d’une vue de l’esprit, rejoignant
ainsi l’intuition arguésienne plus que tout autre géomètre de son
époque.
Lorsqu’il prend connaissance de l’article paru dans
le Journal des Sçavans, Le Poivre est profondément outré par l’attitude
de son auteur. Il prend alors la décision de réécrire son premier
traité en en excluant le superflu et en mettant l’accent sur l’originalité
de sa méthode. A nouveau, Le Poivre nous fait penser à Desargues qui
se contentait généralement de réduire en un Brouillon project de quelques
feuillets ses méthodes qui, développées par Abraham Bosse, demandaient
plusieurs centaines de pages. C’est ainsi qu’en 1708, Jacques-François
Le Poivre fait paraître à Mons, un deuxième traité imprimé chez la
veuve Gaspard Migeot, et intitulé: Traité des Sections du Cone considérées
dans le Solide, Avec des démonstrations simples & nouvelles, plus
simples et plus générales que celle de l’édition de Paris[64],
ouvrage de 56 pages et une planche de 14 figures, dédicacé à S.A.R.
Maximilien-Emmanuel, grand électeur de Bavière[65].
Cette nouvelle version nous livre clairement la pensée de l’auteur.
Le seul fait que l’expression « dans le plan » ait disparu du titre
est tout à fait révélateur. Dans ce nouveau traité, on peut encore
y lire que Le Poivre n’a pas oublié son intention de publier une nouvelle
Gnomonique. Mais nous n’avons aucune trace de la parution de cet ouvrage.
Il est probable que notre géomètre n’a pas eu le temps de le terminer
car il est mort à Mons le 6 décembre 1710[66]
et y fut inhumé le lendemain dans la collégiale Sainte Waudru. Son
acte de décès porte la mention : Autrefois Greffier des ouvrages de
la ville de Mons[67].
Annexe 1
Dans la préface du traité de 1704, on peut
lire que les recherches de Le Poivre trouvent leur origine dans une
lettre que René Descartes adressa le 19 juin 1639 à Girard Desargues
; ce dernier lui ayant demandé son avis sur ses travaux de géométrie[68].
Cette lettre porte le numéro XXVII du second tome de la correspondance
de Descartes, dans l’édition d’Amsterdam. Nous l’avons reproduite
ci-après car elle nous semble primordiale. En effet, même si dans
son traité de 1708, Le Poivre affirme qu’elle n’a pas influencé directement
le contenu de ses travaux, il nous semble cependant qu’elle a, par
contre, marqué profondément l’esprit dans lequel ses études ont été
menées. On peut surtout constater que, comme Desargues, Le Poivre
a rejeté l’utilisation du calcul que conseillait Descartes, et comme
Desargues, il s’est borné à l’essentiel dans la description de sa
méthode, évitant d’alourdir son exposé par des redites inutiles. Voici
le texte de cette lettre :
Sinceritas quam in te sitam esse intel lexi, & tua
de me bene merita me invitant ad scribendum hic libere, quid conjectem
de tractatu de conicis sectionibus, cujus R.P.M. misit ad me ichnographiam.
Potes ad duos scopos collineare, quorum uterque est optimus & laudatissimus,
sed qui non eundem procedendi modum requirunt ; unus est ut scribas
doctis, eosque doceas novas aliquas harum sectionum, illisque nondum
cognitas proprietates,alter est ut scribas curiosis, qui docti non
sunt, & efficias ut haec materia, quae hactenus a paucissimis intelligi
potuit, quaeque nihilominus ad perspectivam, picturam, architecturam,
&c. admodum utilis est, fiat ope libri tui studiosis omnibus plana
& facilis. Si primum respicis, non opus videtur novos terminos cudere
; nam cum Apollonii terminis docti jam assueverint vix illos aliis,
quanquam melioribus, commutarint ; atque ita nihil asserrent tui nisi
difficultatem in demonstrationibus, & fastidium lectori. Si secundum,
dubium non est quin tui termini, quippe Gallici, & in quorum inventiône
elucet ingenium & elegantia, multo potius recipientur ab hominibus
minime praeoccupatis , quam illi veterum ; imo & forsan multos ad
scripta tua legenda allicent, non secus quam multi etiam legunt auctores
qui de gentilitiis insignibus,de venatione,de Architectura agunt,
quamvis nequaquam fit illis animus esse aut venatoribus aut Architectis,
sed tantum ut de ejusmodi rebus possint appositis verbis sermocinari.
Sed si hoc sit tibi propositum,debes magnum volumen destinare, atque
omnia tam fuse, clare, & distincte pertracture, ut delicatis istis,
qui oscitantes tantum student, neque in propositione Geometrica intelligenda
imaginationem torquere, nec ad inspiciendas figurae alicujus litteras
vertere paginam fustinent, nihil occurrat conceptu difficilius, quam
incantati in fabula palatii descriptio. Atque in hunc finem ; ut demonstrationes
tuae magis familiares reddantur, mihi videtur haud abs re futurum
si terminos & calculum Arithmeticum adhibeas prout ego feci ingeometria
mea ; nam multo plures sunt qui sciant quid fit multiplicatio, quam
quid fit compositio rationum &c.
En voici la traduction :
La sincérité que j’ai reconnue en vous, vos interventions
en ma faveur, m’invitent à vous écrire franchement ce que je pense
du traité des sections coniques dont le R.P.M.[69]
m’a envoyé l’ébauche. Vous pouvez vous proposer deux buts, tous deux
excellents et dignes d’éloges, mais qui ne procèdent pas de la même
méthode ; l’un consiste à écrire pour les doctes afin de leur enseigner
certaines nouvelles sections et des propriétés qu’ils ne connaissent
pas encore, l’autre est de vous adresser à des curieux, mais non savants,
et faire en sorte que cette matière qui jusqu’ici n’a pu être comprise
que d’un très petit nombre de personnes, matière si utile pour la
perspective, la peinture et l’architecture, devienne par votre travail
claire et facile pour tous ceux qui aiment l’étude.
Si vous poursuivez le premier objectif, il n’est
pas nécessaire, me semble-t-il, de créer de nouveaux termes car les
doctes, accoutumés à ceux d’Appolonius, les remplaceraient difficilement
par d’autres, même meilleurs ; il en résulterait que les vôtres n’auraient
pour effet que de compliquer les démonstrations et de fatiguer le
lecteur.
Dans l’autre cas, il n’est pas douteux que vos nouveaux
termes, étant français et remarquables par leur ingéniosité et leur
élégance, plairont plus que les anciens à ceux qui ne sont pas encore
coutumiers de cette matière ; bien plus, cela encouragera certainement
nombre de personnes à lire vos ouvrages, de même que beaucoup lisent
des traités d’héraldique, de vénerie ou d’architecture, et n’ont pas
l’intention de devenir chasseur ou architecte, mais seulement pour
pouvoir discourir de ces choses en termes appropriés.
Mais si c’est là votre but, vous devez y consacrer
un gros volume, traiter toutes choses en détail, clairement, méthodiquement,
afin que les esprits paresseux, qui n’étudient que superficiellement
et qui ne veulent ni se tourmenter l’imagination pour comprendre une
proposition de géométrie, ni tourner la page pour regarder les lettres
d’une figure, ne rencontrent pas de concepts plus difficiles que dans
la description des palais des fables.
Et à cette fin, pour rendre vos démonstrations plus
familières, il me semble utile d’employer les termes et le calcul
arithmétique, comme je l’ai fait dans ma géométrie ; car les personnes
qui connaissent la multiplication sont bien plus nombreuses que celles
qui savent ce que sont les combinaisons de rapports, etc.
Annexe 2
Extraits du livre de Michel Chasles, Aperçu historique sur
l’origine et le développement des méthodes en géométrie, particulièrement
de celles qui se rapportent à la géométrie moderne, t. XI des Mémoires
couronnés de l’Académie Royale de Bruxelles, Bruxelles, 1837.
N.B. : les notes de bas de page sont celles de M. Chasles.
Chapitre III - Troisième époque.
[…]
§ 31. La méthode de La Hire a pourtant été reproduite,
ou plutôt inventée de nouveau, en 1704, par Le Poivre (de Mons), géomètre
inconnu de nos jours, mais qu’il y aurait injustice à ne pas nommer
à côté de Desargues, Pascal et La Hire, dans l’histoire de l’origine
et des progrès de la Géométrie moderne. Son ouvrage est intitulé :
Traité des Sections du cylindre et du cône, considérées dans le solide
et dans le plan, avec des démonstrations simples et nouvelles. (In-8°
de 60 pages.) La partie relative à la description des coniques sur
le plan n’est au fond que la méthode de La Hire, mais présentée d’une
manière très différente, qui mérite que nous en exposions ici l’esprit
et les procédés(1).
Il paraît que la première idée de l’auteur a été
de tracer sur un cône une section plane, sans mener effectivement
le plan qui la contient ; ce qu’il fait de deux manières : par l’intersection
de chaque arête du cône et d’une autre droite menée convenablement,
ou bien par une proportion dont le dernier terme détermine, sur chaque
arête, le point de la section. Puis, il observe que ces mêmes procédés
peuvent s’exécuter aussi sur le plan même du cercle qui sert de base
au cône, comme dans l’espace, et donner naissance aux mêmes courbes.
Concevons un cône à base circulaire : un plan coupant,
mené arbitrairement, déterminera sur le cône une section ; c’est cette
courbe qu’il s’agit de construire, en faisant abstraction du plan
qui la contient. Pour cela, il faut d’abord prendre dans l’espace
les éléments nécessaires à la détermination de la position de ce plan
; ce qui peut se faire de diverses manières. Le Poivre prend la trace
du plan coupant sur la base du cône et une seconde droite parallèle
à cette trace, et qui est l’intersection du plan de la base par le
plan mené, par le sommet du cône, parallèlement au plan coupant. Ces
deux droites et le sommet du cône déterminent la position du plan
coupant : ces trois données doivent donc suffire pour la construction
de la courbe qui résulterait de l’intersection du cône et de ce plan,
s’il existait réellement.
Or, il est aisé de voir que, pour effectuer cette
construction, il n’y a qu’à mener par un point M du cercle, base du
cône, appelé cercle générateur, une transversale quelconque qui rencontrera
la trace du plan coupant et sa parallèle, en deux points ; joindre
le second de ces points au sommet S du cône, par une droite, et mener
par l’autre point une parallèle à cette droite. Cette parallèle est
évidemment dans le plan coupant, et rencontre l’arête SM du cône,
en un point M’ qui appartient à la courbe cherchée. Pour un autre
point du cercle générateur, on aura un autre point de la section.
Cette construction est générale, quelle que soit
la position du point S dans l’espace ; elle subsiste quand ce point
est situé sur le plan du cercle, auquel cas il n’y a plus de cône.
La courbe formée alors par le point est encore une section conique(2).
Ainsi, la construction de l’auteur s’applique à la
description des coniques sur le plan, comme dans l’espace. Pour le
cas du plan, c’est, comme on le voit, la même construction que celle
de La Hire. Le point S est le pôle, la trace du plan coupant est la
formatrice, et sa parallèle est la directrice.
§ 32. Il y a, en général, dans les questions de Géométrie,
deux manières d’appliquer les solutions auxquelles la théorie a conduit.
La première est de déterminer les points cherchés par des constructions
de lignes ; la seconde, de les déterminer par des formules qui se
réduisent ensuite à des calculs numériques. Il est toujours utile
de chercher ces deux genres de solutions, parce que chacune comporte
des propriétés de la figure que l’autre n’indique point: la question
est résolue complètement quand elle a été envisagée sous toutes ses
faces, et que les diverses propriétés graphiques et métriques qui
se rattachent aux deux solutions dont nous parlons, ont été découvertes
et mises dans tout le jour.
La construction que nous venons de donner pour décrire
les coniques, soit dans l’espace, soit sur le plan, appartient au
premier mode de solution. Pour la convertir en une formule numérique,
on compare deux triangles semblables, qui ont un sommet commun au
point M du cercle générateur, et l’on en tire une proportion entre
leurs côtés adjacents à ce sommet. Cette proportion donne la distance
du point M’ de la conique au point correspondant du cercle: c’est
la formule cherchée(3).
§ 33. La méthode de La Hire et de Le Poivre était
la plus heureuse et la plus féconde qu’on pût imaginer pour découvrir
les nombreuses propriétés des coniques par celles du cercle ; mais
les avantages qu’elle offrait ne devaient point se borner à cet usage
particulier ; elle avait un avenir plus grand, comme offrant un moyen
général de transformer, sur le plan, les figures en d’autres du même
genre, ainsi que ferait la perspective.
L’importance de ces méthodes, qui forment l’une des
doctrines principales de la Géométrie récente, nous engage à entrer
encore dans quelques considérations au sujet de celle de La Hire,
et de Le Poivre, qui montreront ses rapports avec les pratiques de
la perspective, avec une méthode analogue imaginée dans le même temps
par Newton, et avec plusieurs autres méthodes, d’invention plus moderne,
dont nous aurons à parler dans la suite.
Le mode de transformation du cercle en une conique
sur le plan, employé par La Hire et Le Poivre, a pour propriété caractéristique
que: à chaque point et à chaque droite, considérés comme appartenant
au cercle générateur, correspondent un point et une droite appartenant
à la conique ; et les relations de position des deux figures sont
telles, que deux points correspondants sont en ligne droite avec un
point fixe S, et que deux droites correspondantes concourent sur un
axe fixe : cet axe est la droite que nous avons appelée formatrice
dans la méthode de La Hire, et qui nous représentait, dans celle de
Le Poivre, la trace d’un plan coupant.
[…]
§ 37. En terminant cet historique des premières méthodes
de transformation des courbes, nous remarquerons que la manière ingénieuse
par laquelle Le Poivre est parvenu à la sienne, aurait mérité aussi
l’attention des géomètres ; car elle repose sur une idée qui comprend
tout un système de Géométrie descriptive, ou de représentation graphique,
sur une aire plane, des corps situés dans l’espace. Cette idée consiste
à représenter, dans la pratique de la perspective, un plan situé dans
l’espace, par deux droites parallèles tracées sur un tableau, dont
l’une est la trace du plan, et l’autre la trace d’un plan parallèle,
mené par le point de vue. De cette manière, une droite est déterminée
par deux points, qui sont ceux où cette droite et sa parallèle, menée
par le point de vue, percent le tableau. Ainsi, voilà un moyen de
représenter sur un plan tous les corps de l’espace, en se servant
uniquement d’un point fixe pris arbitrairement au dehors de ce plan.
Ce nouveau mode de Géométrie descriptive a été conçu et mis à exécution,
il y a peu d’années,par M. Cousinery, ingénieur des ponts et chaussées.
Notes :
(1) 1 Il a été rendu compte de
cet ouvrage dans le Journal des Sçavans, année 1704 ; et dans les Acta
eruditorum, année 1707. L’article fort étendu du Journal des Sçavans
paraît supposer que la méthode de Le Poivre est prise de celle de La
Hire. Mais la voie d’invention est trop différente dans l’une et l’autre,
pour que nous adoptions cette conjoncture. Ajoutons que l’ouvrage de
Le Poivre a un mérite qui ne se trouve pas dans celui de La Hire et
qui n’a point été remarqué par l’auteur de l’article du journal : c’est
de contenir un second mode de description de ses figures, basé sur leurs
relations métriques, dont l’auteur aurait pu tirer un parti considérable
s’il eût poussé plus loin cette idée heureuse. Le Journal de Leipzig
parle très favorablement de l’ouvrage de Le Poivre. « Non solum, inquit,
intra paucas pagellas palmarias sectionum conicarum proprietas mira
facilitate ac perspicuitate explicat ; sed inter eas quoque aliquot
proponit antea parum cognitas ».
(2) 2 Pour s’en convaincre, il
suffit de concevoir la courbe que nous venons de construire dans l’espace,
et de la projeter sur le plan du cercle, avec toutes les lignes qui
ont servi à sa construction. En projection on aura une courbe, et des
droites qui serviront à sa construction, comme les droites dans l’espace
à la construction de la section du cône ; c’est-à-dire que la construction
de la courbe projetée sera absolument semblable à celle de la courbe
située dans l’espace ; et, si l’on prend les lignes projetantes perpendiculaires
à la trace du plan de la section sur celui de la base du cône, et également
inclinées sur ces deux plans, alors la courbe projetée sera égale à
la section du cône ; ce sera donc une section conique. De là on conclut
que, pour transporter aux coniques les propriétés du cercle, une seule
démonstration suffit, que l’on considère la conique sur le plan du cercle
ou dans l’espace.
(3) 3 Il eût mieux valu prendre
pour inconnue la distance du point M’ au point S ; la formule aurait
conduit naturellement à diverses propriétés des coniques, particulièrement
à celles de leurs foyers, dont l’auteur n’a rien dit. Il eût suffi,
pour cela, de placer le point S au centre du cercle générateur. Cette
dernière observation, relative à la position du point S, s’applique
aussi au Traité de La Hire, qui démontre les propriétés des foyers,
mais en supposant ces points connus a priori, comme dans les coniques
d’Appolonius, et sans être conduit à leur découverte. En plaçant le
pôle au centre du cercle, la formatrice et la directrice étant d’ailleurs
quelconques (mais parallèles entre elles), on forme une conique qui
a pour foyer le pôle ; et diverses propriétés du cercle s’appliquent
immédiatement à la conique, relativement à son foyer.
Annexe 3
Extraits de l’article d’Adolphe Quételet Le
Poivre, géomètre montois, paru en 1848 dans le t. 8, première série,
des publications de la Société des Sciences, Arts et Lettres du Hainaut,
années 1847-1848. On retrouve ce texte presque mot pour mot dans le
livre de Quételet intitulé Histoire des Sciences Mathématiques et
Physique chez les Belges, paru à Bruxelles en 1864, Livre III, p.
270-274.
Le Poivre peut être considéré comme le dernier représentant
de cette belle époque ; il a su prendre parmi les savants de son temps,
comme géomètre sinon comme analyste, un rang distingué que nous devons
être jaloux de lui conserver. […] son opuscule, qui ne se compose
que de 61 pages et de 8 planches, vaut mieux, sous beaucoup de rapports,
que le bagage volumineux dont bien des auteurs ont embarrassé leur
marche, en cherchant le chemin de la postérité.
[…] L’ouvrage de Le Poivre fut accueilli avec beaucoup
de faveur ; du moins deux recueils scientifiques, qui jouissaient
à cette époque d’une grande estime, le Journal des Sçavans de Paris,
et les Acta eruditorum de Leipzig, en firent un brillant éloge.
[…] La description des coniques donnée Le Poivre
n’est au fond que la méthode exposée par De La Hire dans ses Planiconiques,
comme le fait observer Mr. Chasles ; mais elle est présentée d’une
manière très-différente et qui mérite d’être mentionnée spécialement.
Essayons de l’indiquer ; nous serons parfaitement
compris sans doute des personnes un peu au courant de la géométrie
élémentaire. Imaginons un cône droit dont le sommet est en S ; et
un point fixe a avec une droite bb, situés dans le plan du cercle
CC qui sert de base au cône. Supposons de plus un triangle mobile
ayant pour base Sa, et son sommet assujetti à parcourir le cercle
CC. Dans chaque position nouvelle du triangle, le côté Ca coupera
la droite bb en un point par lequel on mènera une parallèle à Sa,
et cette parallèle ira couper l’autre côté SC du triangle en un point
d qui appartiendra à la conique cherchée.
Cette conique est une hyperbole, lorsque la droite
bb coupe le cercle ; une parabole, lorsqu’elle la touche, et une ellipse,
lorsqu’elle tombe entièrement en dehors du cercle.
Cette construction est générale, dit Mr Chasles,
quelle que soit la position du point S dans l’espace ; et elle subsiste
quand ce point est situé sur le plan du cercle, auquel cas il n’y
a plus de cône. La courbe formée alors par le point d est encore une
section conique.
Ajoutons que la surface conique ne fut-elle pas du
second degré, donnerait encore lieu, par le mode de génération, à
une seconde courbe qui serait nécessairement plane et du même degré
que la ligne qui sert de base au cône.
Cette méthode de transformation, dont on a fait un
grand usage dans la géométrie moderne, était une innovation heureuse
dont Le Poivre avait fort bien compris tous les avantages. Elle permet
de transporter aux sections coniques la plupart des propriétés reconnues
au cercle.
L’illustre Newton s’en est servi avec succès dans
son livre des Principes de la philosophie naturelle, et a montré tout
le parti qu’on en peut tirer pour simplifier certains problèmes.
A Quetelet
Bruxelles, le 5 novembre 1848.
Annexe 4
Extrait du Journal des Mathématiques spéciales (Décembre 1887)
Lettre de M. Le Paige, professeur à l’Université
de Liège,
à M.G. De Longchamps.
Liège, le 12 octobre 1887.
Mon cher Collègue,
Vous avez, dans votre excellent Journal de Mathématiques
spéciales (2e série, t. IV, p. 156-159), appelé, avec raison, l’attention
sur une méthode de construction des axes d’une ellipse dont on connaît
deux diamètres conjugués, méthode trop oubliée, qu’on rencontre dans
le Traité des sections coniques du marquis de l’Hospital(1).
Permettez-moi de venir réclamer cette élégante construction
pour son véritable inventeur, le Géomètre Montois J.-F. Le Poivre
: j’espère que cette petite discussion sera de nature à intéresser
les lecteurs de votre estimable Revue.
La construction des axes de l’ellipse se trouve
exposée dans un petit traité de notre compatriote, intitulé : Traité
des sections du cylindre et du cône, considérées dans le solide et
dans le plan, avec des démonstrations simples et nouvelles, par M.
Le Poivre de la ville de Mons, à Paris, chez Barthelémy Girin, rue
Saint-Jacques, vis-à-vis la fontaine Saint-Séverin, à la Prudence,
MDCCIV.
Le problème occupe la page 12.
Le Poivre commence, p. 10, par résoudre cette question
: Etant donnés deux diamètres conjugués d’une ellipse, trouver le
cercle générateur, c’est-à-dire construire la base d’un cylindre circulaire
oblique, dont l’ellipse donnée soit la section.
La solution est extrêmement simple ; à la forme
près, Le Poivre emploie précisément la transformation homogra-phique
dont vous faites usage, transformation qui ne se rencontre pas dans
le Traité de l’Hospital.
Comme l’auteur de l’Analyse des infiniment petits,
le Géomètre de Mons détermine encore deux diamètres conjugués faisant
un angle donné, lorsque les axes sont connus ; puis il donne une démonstration
analytique de sa construction, tout à fait comme l’Hospital.
L’identité entre les deux écrits étant démontrée,
tout se réduit à une question de date.
A première vue, c’est fort aisé : le traité de l’Hospital
a paru en 1707, celui de Le Poivre en 1704 ; mais le premier est un
écrit posthume, et le marquis est mort le 2 février 1704.
Or, le privilège de Le Poivre est daté du 13 janvier
1704. Dès le 30 juin 1704, le Journal des Sçavans(2),
dans un article peu favorable à Le Poivre, publie une analyse du petit
mémoire de notre Géomètre, et mentionne le problème relatif aux diamètres
conjugués faisant un angle donné : le problème de la construction
des axes est cité dans l’analyse du Traité, parue dans les Acta Eruditorum
en 1707.(3)
Tout cela est antérieur à l’apparition du traité
de l’Hospital.
Il ne reste donc qu’à examiner une hypothèse : c’est
que Le Poivre, auquel on a reproché de s’être emparé de la méthode
des Planiconiques de la Hire, – reproche dont Chasles l’a d’ailleurs
entièrement justifié(4),
– devrait sa solution à l’Hospital. Or, c’est précisément le contraire
qui est vrai.
En 1708, Le Poivre publia à Mons, une nouvelle édition,
entièrement transformée, de son livre, sous le titre de : Traité des
sections du cône considérées dans le solide, avec des démonstrations
simples et nouvelles, plus simples et plus générales que celles de
l’édition de Paris ; par Mr Le Poivre, Contrôleur des ouvrages de
la ville de Mons. A Mons, chez la veuve Gaspard Migeot, rue des Clercs
vis-à-vis la Croix, MDCCVIII(5).
Les dernières pages de cette édition sont consacrées
à une réfutation en règle de l’article du Journal des Savants ; incidemment
il parle de sa solution du problème qui consiste à déterminer deux
diamètres conjugués faisant un angle donné, lorsque l’on connaît deux
diamètres conjugués quelconques.
Ce problème avait été résolu par le marquis de l’Hospital,
et d’une façon fort compliquée, en se servant de la méthode de transformation
de Le Poivre, mais c’est ce dernier qui imagina, non-seulement la
méthode générale dont il vient d’être question, mais encore la division
du problème en deux parties, dont la première concerne la construction
des axes ; c’est cette solution que l’Hospital « avait assez estimée
pour l’adopter en quelque manière, en l’inscrivant tout entière dans
ses ouvrages », pour me servir des termes de Le Poivre. Notons, en
passant, que c’est notre Géomètre qui traça les figures du Traité
analytique des sections coniques.
Si le marquis de l’Hospital ne cite pas notre compatriote,
on peut supposer, avec un des biographes(6)
de Le Poivre, que le célèbre Géomètre eût sans doute réparé cet oubli
s’il lui eût été donné d’écrire une préface à son livre.
En effet, ce n’est pas seulement le problème de
la construction des axes qu’il paraît lui devoir, mais bien encore
tout le sixième livre au moins quant au fond des idées.
Me permettez-vous, mon cher Collègue, d’appeler
votre attention sur un autre point.
Il s’agit de la construction d’un groupe harmonique,
que vous attribuez à La Hire (Journal des Mathématiques élémentaires,
2e série, t. IV, p. 89) : cette construction est due à François van
Schooten : Exercitationum liber II. 1656, p. 174 (et dans l’édition
en hollandais, 1660, p. 166) .
Pardonnez-moi si ma lettre ne contient que des observations
de critique ; c’est que si je devais vous faire part des observations
élogieuses, mon temps n’y suffirait pas.
Dr C. Le Paige.
Notes :
(1) 1 Traité analytique des
sections coniques, Paris, 1707, p. 37-38, 2e édition, 1720,p. 37-38.
(2) 2 Journal des Sçavans, édition
de Liège, 1704, t. VIII, p. 657-659. Edition d’Amsterdam, 1705, t. XXXII,
p. 649-658.
(3) 3 Acta Eruditorum, mars
1707, p. 132-133.
(4) 4 Aperçu historique, p.130
; Traité des sections coniques, p. 174, en note.
(5) 5 Il n’existe qu’un seul
exemplaire de ce petit livret : il se trouve à la bibliothèque de Mons,
où il est coté 1988. Une réimpression en a été faite en 1854, à Mons,
par les soins de M. C. Wins.
(6) 6 A. Cambier, Notice sur
les ouvrages de J.-F. Le Poivre (Mémoires de la Société des Sciences
du Hainaut, 1876).
Annexe 5
Nous donnons ici la reproduction de la réponse
de Le Poivre au Journal des Sçavans. Ce texte n’a jamais été reproduit
dans son intégralité depuis sa parution en 1708. Nous avons respecté
scrupuleusement l’orthographe de l’auteur et les « erreurs » typographiques.
Seuls ont causé problèmes les accents dont certains ont été ajouté
à la main après parution de l’ouvrage. Chaque fois que cet ajout était
évident, nous n’en avons pas tenu compte. Les passages en caractères
romains et italiques sont tels que dans l’édition originale.
REPONSE
DE L’AUTEUR
A la Critique du Journal des
Sçavans de Paris, du Lundy
30 Juin 1704
L’auteur du Journal avoit parfaitement bien reüssi,
s’il s’étoit contenté de ne donner qu’un simple extrait des mes sections
coniques ; sans y mêler des lieux communs & des choses inutiles, qu’il
n’a mises que pour m’abaisser un peu plus qu’il ne convient, ou pour
applaudir à un de ses bons amis dans un Ouvrage où il n’a aucune part.
Qu’on exalte tant que l’on voudra Monsieur de la Hire, je ne m’y opposerai
pas, puis qu’il le merite ; mais ce que je dois à la justice & à la
verité m’empêche de souffrir qu’on impose au public, & que l’on ôte
à l’un une chose à qui elle appartient, pour la donner à un autre
à qui elle n’appartient pas. Or voici les endroits de cet extrait
qui me regardent en caractere romain, avec leur réponses en italique.
Si l’on ne jugeoit du merite de cet Ouvrage que
par le petit nombre des pages qu’il contient, on ne l’estimeroit pas
ce qu’il vaut ; mais aussi le porteroit-t’on un peu au-delà de sa
juste valeur, si l’on en jugeoit par l’idée que donne la Preface.
L’Auteur nous dit qu’il s’est proposé d’ecrire pour les sçavans &
pour ceux qui ne le sont pas, & qu’il a trouvé le difficile secret
de satisfaire egalement les uns & les autres, les premiers, en leurs
donnant une nouvelle projection, de nouvelles proprietez, & de nouvelles
démonstrations des sections Coniques qu’ils ignoroient ; les seconds,
en leur rendant ces matieres si faciles, qu’il leurs suffira d’avoir
la connoissance de quelques propositions elementaires, pour comprendre
sans aucun effort d’esprit tout ce qui est icy demontré.
Celui qui parle ainsi n’est pas l’Auteur, & cette
Preface n’est pas de lui. Voici de quelle maniere la chose s’est passée.
Il m’estoit arrivé ce que je me persuade qui est arrivé à d’autres,
de n’avoir pas lieu d’estre fort content du Libraire qui avoit entrepris
l’impression de mon livre ; cela me deplût tellement, que je quittai
Paris lorsque la premiere feuille étoit encore sous la presse. Mais
comme j’avois quelque intérêt que ce livre ne parut que le plus correcte
qu’il seroit possible ; quand j’allai dire adieu à feu Mr. Le Marquis
de l’Hôpital, je le lui recommandai, au cas qu’il survint quelque
difficulté dans l’impression : il me répondit qu’il n’étoit point
en état d’y aider ; à cause de sa maladie, dont il mourut environ
un mois après. Cependant le Libraire, qui n’avoit pas de Preface,
pria un de mes amis d’en faire une, qui cru d’avoir assez decouvert
mon dessein par une lettre de Mr. Descartes, de laquelle je lui avoit
parlé, & de laquelle il ne me restoit alors qu’une idée confuse, car
je ne l’avois pas leue depuis vingt-cinq ans : je n’avois point l’envie
d’en faire aucune mention dans cet ouvrage ; mais je l’y insererai,
pour faire mieux voir l’utilité des sections coniques, & juger si
j’ai bien merité des Curieux, de leur en donner les vrais démonstrations
que l’on recherchoit depuis si long-temps, & ausquelles il semble
que Monsieur Descartes ne s’attendoit plus. Cette lettre est la suivante,
la XXVII. du second Tome de l’édition d’Amsterdam.
(vient ici la lettre de Descartes que nous avons reproduite en
annexe 1).
De-la je concluois, qu’il faloit bien que Mr. Descartes
n’estimât pas, qu’on pût trouver de meilleures démonstrations que
celles que l’on avoit trouvées jusqu’à son temps ; puisqu’il conseilloit
de s’attacher plûtôt à la recherche de quelques nouvelles proprietez,
ce qui est assez inutile ; ou que si cela se pouvoit, ce ne seroit
que par le moien du calcul arithmetique, Mais l’Auteur de ma pretendue
Preface en tire toute autre chose, en m’attribuant deux desseins desquels
j’ai toûjours été bien éloigné. Les proprietez des sections coniques
étant infinies, l’on n’auroit jamais fait, si l’on vouloit se mettre
a les rechercher toutes. C’est bien assez de ne pas manquer de celles
qui viennent à propos dans chaque sujet dont on traite, ainsi que
je ferai, s’il plait a Dieu, dans ma nouvelle Gnomonique. D’ailleurs
ces personnes incapables d’attention, dont il est parlé dans la lettre
precedente, ne meritent pas que l’on se donne tant de peines pour
elles. Sans attention on n’apprend rien dans aucune science : mais
quand on n’a rien appris, dans les Mathematiques on s’en apperçoit,
au lieu que l’on ne s’en apperçoit pas dans les autres sciences. Et
c’est la ce qui fait trouver les premieres si difficiles, nonobstant
qu’elles n’exigent jamais comme les autres, que l’on se tienne continuellement
en garde contre les equivoques, & contre les idées confuses. Au reste
il est étonnant que l’Auteur du Journal, qui sçavoit bien que cette
Preface n’étoit point de moi, & a qui j’en avois même donné une autre
par écrit, prenne ainsi plaisir a s’escrimer contre un fantôme.
Il ajoûte, que dans les quatre ou cinq feuilles
d’une grosse impression qui composent ce petit ouvrage, il a mis toute
la science des Sections Coniques, & plus de connoissances que n’en
renferment de fort gros volumes qui traitent de ces matieres. En voila
plus qu’il n’en faut pour nous empêcher d’étre surpris, que ces quatre
ou cinq feuilles aient coûté à Mr. Le Poivre trois années de travail.
Je ne désavouerai pas tout ce qui est dit dans cette
Preface, car je crois qu’il est vrai au moins que dans ce peu de feuilles
j’ai mis plus de choses que n’en renferme ordinairement un gros volume
; & cela paroitra encore mieux dans cette édition de Mons. Il est
vrai aussi que ce peu de feuilles m’ont bien coûté trois années de
travail, Mais qu’est-ce que ce temps en comparaison de celui de plusieurs
siecles que l’on recherche inutilement les vraies demonstrations des
sections coniques.
A parler en Geometre, c’est-à-dire exactement tout
ce qu’on vient d’entendre se reduit aux principales & plus communes
proprietez des sections coniques demontrées par la voie des projection.
Ces mots de plus communes proprietez servent à donner
une basse idée de mon ouvrage. Mais ce n’est assez qu’on avoüe, que
ces proprietez les plus communes soient les principales, & que ma
maniere de les démontrer ne soit point commune.
Cette idée n’est pas nouvelle, il n’y a rien de
nouveau non plus dans les projections dont se sert l’auteur.
Les sections du Cone n’étant proprement que des
projectiions d’un cercle, on ne peut gueres en traiter qu’en parlant
de projection. Mais l’Auteur du Journal entend ici ces projections
que j’ai tirées, a ce qu’il pretend, de Mr de la Hire, & qui par consequent
ne sont pas nouvelles : Mais au moins mes démonstrations le sont.
Or cette nouvelle édition, ou je ne parle plus de ces projections,
fait bien voir que mes démonstrations n’en dépendent pas. Et il paroitra
assez par les figures de cette Ouvrage & celui de Mr. le Marquis de
l’Hôpital, qui sont de moi, que j’étois plus que capable d’inventer
ces projections de moi-même. Mais après que ce Seigneur m’eût averti
qu’elles étoient presque les mêmes que celles de Mr. de la Hire, je
ne voulus donner le nom de nouvelle qu’a ma description de l’Ellipse
du Cylindre, laquelle n’est point de lui.
Mais c’est une justice qu’on lui doit rendre de
reconnoître qu’il en fait usage d’une maniere particuliere, & qu’il
a sçu tirer des démonstrations qui peuvent passer pour simples dans
un sujet dont on n’en a gueres que de fort composées.
On ne veut pas encore avouër, que mes démonstrations
soient simples, absolument parlant, mais seulement par rapport à celles
d’un sujet, dont on n’en a gueres que de fort composées. Si j’avois
à la main les principaux ouvrages des sections coniques, lesquels
je n’ai pas, j’en pourrois comparer au juste les démonstrations avec
les miennes. Cependant je ne crois pas rien hazarder, de dire que
les miennes ne sont pas la vingtieme partie de plus courtes des autres.
Les seuls preliminaires de Mr. de la Hire, qui doit étre celui qui
en a écrit le mieux, sont plus longs que tout mon livre. De maniere
qu’avec le travail que l’on emploiera a entendre ces preliminaires,
on ne connoîtra encore que quelques proprietez du cercle, sans avoir
aucune teinture des sections coniques, quand on en aura une parfaite
connoissance par ma methode.
Il parôit au reste que Mr. Le Poivre a lû avec soin
& avec fruit les excellens ouvrages de Mr. de la Hire sur ces matieres,
particulierement la nouvelle methode de ce sçavant Geometre pour les
sections des superficies coniques & cylindriques etc. imprimée en
l’an 1673, mais plus particulierement & avec plus d’utilité ses Planiconiques
donnez au public l’année d’après.
Je puis iurer que je ne les ai jamais lû, bien loin
de les avoir lû avec soins, ces excellens ouvrages de Mr de la Hire.
Cependant on pourroit bien avec quelque raison le croire , s’il y
avoit quelque rapport entre ces ouvrages & le mien : mais quel rapport
entre des démonstrations longues & composées, & de courtes et simples
? l’une de ces deux choses peut-elle étre jamais le fruit de l’autre
? Rien n’a donné de l’apparence à cette pensée , que ma description
des trois sections coniques dans le plan. Mais j’ai voulu la retrancher
dans cette édition de mon ouvrage, parce qu’elle ne m’est bonne à
rien. Je pourrois dire au contraire que ce traité est le fruit que
j’ai recueilli de n’avoir pas lû les ouvrages de Mr. de la Hire, parce
que si je les avois lûs, la prevention ou je serois tombé pour sa
division en Proportion harmonique, m’eût peut-étre empéché de songer
à une autre methode ainsi que Mr. de l’Hôpital & le P. Prestet.
Le Traité dont nous faisons l’extrait peut se diviser
en deux parties. Dans la premiere, nôtre Auteur considere l’ellipse
formée dans une surface cylindrique à la rencontre d’un plan par la
projection d’un cercle donné dans un autre plan qui couppe le premier.
Il la considere ensuite dans le plan même sur lequel le cercle est
donné, en renversant les deux plans l’un sur l’autre, car c’est à
quoi revient sa construction.
Dans la seconde partie, il traite de l’ellipse &
de deux autres sections coniques considerées dans le cone, & formée
suivant la même idée par une nouvelle projection du cercle, c’est-à-dire
par une projection differente de la premiere. Il renverse encore ici
sa figure, sur le plan pour y transporter ces courbes, & la construction
qu’il donne pour cela est precisement celle qui sert de fondement
aux Planiconiques de Mr. de la Hire.
Mais à moi cette construction ne sert de rien, puisque
mes démonstrations ne laissent pas d’avoir toute leur force sans elle.
D’où il s’ensuit qu’il ne paroit pas qu’elles soient le fruit de la
lecture des Ouvrages de Mr. de la Hire. Que si l’on veut qu’il paroisse
que j’y ai dû lire au moins cette construction, il ne paroit pas aussi
que j’y ai rien lû avec soin. Car quoi qu’il soit vray en general
que les Ouvrages de Mr. de la Hire démandent d’étre lûs avec soin
; cette construction qui n’est qu’une définition, & par consequent
une chose tres-simple, ne le démande pas.
Mais il faut entrer un peu plus dans le détail d’un
Ouvrage qui ne laisse pas de meriter quelque estime.
Je trouve ce detail fort bon, l’Auteur commence
par celui de mon traité des sections du Cylindre, où rien ne l’arrête
que le dernier Probleme dont il parle ainsi.
Il n’y a que la derniere proposition qui ait quelque
difficulté : Les deux axes d’une Ellipse étant donnez, on démande
deux diametres conjuguez qui fassent un angle égal a un angle donné.
La construction de l’Auteur est aussi simple que la nature du probleme
le permet ; la démonstration synthetique est un peu longue. Mr. Le
Poivre a joint à cette démonstration le calcul analytique qui l’a
conduit à sa construction. Ce petit morceau d’Analise fera plaisir
a ceux qui ne se piquent pas d’étre sçavans.
L’Auteur ne sçavoit pas que ce morceau avoit deja
fait plaisir a un sçavans, qui même l’avoit assez estimé pour l’adopter
en quelque maniere, en l’inserant toute entier dans ses ouvrages.
Mr. de l’Hôpital m’aiant dit un jour qu’il avoit resolu ce probleme
par la consideration de mon Ellipse du Cylindre, où il n’avoit trouvé
qu’un équation de deux dimensions ; Je le voulus resoudre moi-même
& j’en trouvai la solution telle qu’elle est dans l’edition de Paris.
J’en parlai a Mr. de l’Hôpital, & lui dis que la construction en étoit
tres-simple, il me répondit que la sienne, qu’il me fit voir, n’étoit
pas telle, voici de quelle maniere il ?y prennoit. Deux diametres
conjuguez faisant un angle quelconque étant donnez ; trouver deux
autres diametres conjuguez qui fassent un autre angle donné. Au lieu
que moi de ce seul probleme j’en faisois deux en cette maniere : le
premier, Deux diametres conjuguez étant donnez trouver les deux axes
; & le second : Les deux Axes étant donnez trouver deux diametres
conjuguez qui fassent un angle donné. Où il paroit que Mr. de l’Hôpital
n’étoit tombé dans une construction plus composée qu’il ne falloit,
que pour ne s’étre pas souvenu de cette excellente maxime de Mr. Descartes,
De diviser chacune de difficultez que l’on examine en autant de parcelles
qu’il se peut & qu’il est requis pour les mieux resoudre.
Parmi les Propositions dont on vient de parler on
auroit souhaité d’en trouver quelqu’une, où il fut demontré que la
proprieté essentielle de l’Ellipse convient a la courbe qu’il appelle
de ce nom ; on sçait bien que c’est une veritable Ellipse & la même
que celle du cone, mais il ne le demontre pas.
Le traité des sections du Cylindre n’étoit point
le lieu où cette proposition devoit étre placée, puisque l’on y parle
pas de Cone, mais celui des sections du Cone. Quoi que j’eusse demontré
cette proposition ; dans ce traité dont j’ai parlé dans ma Preface,
où je considerois le cone couppé par un plan elliptique ; comme j’ai
trouvé que cette démonstration m’étoit commune avec plusieurs Auteurs,
je n’ai pas voûlu l’inserer dans mon Ouvrage de peur de passer pour
copiste, nonobstant cela je l’aurois fait s’il eut été necessaire
: mais il est evident que mon traité des sections du Cone ne dépend
en rien de celui des sections du cylindre.
L’Auteur vient à la seconde partie dont il dit qu’elle
est travaillée avec plus de soin que la premiere, ce qui est vrai,
où il expose mes définitions telles qu’on les voit cy-dessus dans
ce traité.
A ces definitions, dit-il, on en ajoûte d’autres
prises mots pour mots de Mr. de la Hire, après quoi on passe à l’explication
de la methode pour le plan, dont la construction, comme nous l’avons
dejà dit, est fidelement copiée du même Auteur.
Je ne sçaurois bien dire, si mes definitions sont
mot pour mot celles de Mr. de la Hire, dont je n’ai pas à la main
les Ouvrages : Mais, quand bien cela seroit ainsi, il ne s’ensuit
pas que je les aie prises de lui. Il n’est pas étonnant que dans des
choses simples, telles que des definitions de Geometrie, desquelles
presque tous les hommes ont une même idée, de les voir exprimées de
la même maniere par differentes personnes. Mr. Du Pin est bien plus
equitable dans l’extrait qu’il fait dans sa Bibliotheque Ecclesiastique,
des Ouvrages de Claudianus Mamertus, dont les raisonnemnts sur la
nature de l’ame sont mot-pour-mot ceux de Mr. Descartes. N’auoit-il
pas plus de raison de dire, que l’un avoit fidelement copié l’autre
? Bien loin delà, il apprehende, qu’on ne pense, qu’il ait ajusté
les paroles du dernier à ces raisonnements : C’est ce qui lui fait
dire : Voilà les principes de Mamertus établit dans son premier livre
de la substance de l’Ame. Je n’y ai rien ajoûté, & me suis presque
toûjours servi de ses propres termes ; ce que je remarque ici, parce
que sa Philosophie a tant de rapport avec les Meditations d’un celebre
Philosophe moderne, que l’on pourroit croire que je l’ai plûtôt prise
de celui-ci que de Mamertus, ou du moins que j’y ai donné quelque
air nouveau. Cela n’est pas ainsi, c’est la verité même qui a fait
rencontrer ces deux Philosophes. Comme ils avoient tous deux l’esprit
juste & Geometre, ils ont suivi les mêmes routes, ils ont donné dans
les mêmes principes. Mais quand même il seroit vrai, que j’aie pris
ces definitions de Mr. de la Hire, à quoi bon en parler puisque je
ne les emploie en rien ? C’est que l’on veut faire entendre par la
à ceux qui n’examinent pas les choses de près, quand on parle tant
de fois de Mr. de la Hire , que j’ai tout tiré de lui.
Après avoir exposé mes definitions, on parcourre
de suite les principaux Theoremes , & voici ce que l’on dit du dernier.
La plus considerable de toutes les propositions
est la dix-huitiéme à l’article 59. On peut dire en quelque sorte
que toutes les autres ne sont que le developpement de celle-ci. Deux
lignes paralleles rencontrant une section conique, sont couppées par
une autre ligne qui rencontre aussi la section , on demontre que les
deux rectangles sous les portions des paralleles sont proportionels
aux deux rectangles sous les portions de la ligne qui couppe les mêmes
paralleles.
Nous avons appris de l’Auteur, & nous le sçavions
d’ailleurs aussi, que c’est feu Mr. le Marquis de l’Hôpital, dont
il étoit connu et estimé, qui lui fit remarquer que tout devoit dependre
de ce theoreme ; & comme on n’en avoit que des démonstrations tres-composées
& dependantes de plusieurs lemmes, Mr. de l’Hôpital desiroit que cette
proposition fut demontrée avec moins d’embaras, accordant neanmoins
deux lemmes à l’Auteur, à cause de la difficulté : mais Mr. Le Poivre
a plus fait, il l’a demontrée sans le secours d’aucun lemme. Nous
ajouterons ici par occasion, que nous nous souvenons d’avoir veu dans
les papiers de Mr. de la Hire ce theoreme proposé & demontré d’une
maniere incomparablement plus generale, & sans le rapport des lignes
qu’il considere à aucune courbe.
Quand j’aurai vû ce Theoreme, je pourrai dire ce
que j’en pense, mais apparemment ce ne sera pas sitôt. Comme celui
qui parle ainsi n’est pas Mr. de la Hire, celui-ci ne se croira engagé
à rien, à moins que, pour rendre le reciproque, il ne veuille pas
permettre, s’il le peut, que son amis soit long-temps exposé a passer
pour un homme qui parle en l’air. Cependant ce qu’on vient de lire
est pour moi une enigme. Si ce Theoreme est demontré sans rapport
a aucune ligne courbe, il n’est pas le même que le mien qui y a rapport
: Et si c’est n’est qu’à une ligne droite qu’il a ce rapport, il est
beucoup moins general. Quoi qu’il en soit, c’est assez pour moi que
ce qui est de Mr. de la Hire entre les mains du public soit incomparablement
moins general.
Il y a dans cette seconde partie deux autres propositions,
la 9 & la 13, dont Mr. Le Poivre nous a encore appris qu’il devoit
les demonstrations à Mr. le Marquis de l’Hôpital.
Je ne sçais ce qui a porté l’Auteur du Journal a
vouloir se tromper, car je lui avois dis seulement, que Mr. de l’Hôpital
m’avoit fourni les démonstrations positives de propositions que je
ne prouvois que par des démonstrations tirées de la nature de l’infini,
sans specifier autrement ces propositions, qui ne sont ni la 9 ni
la 13 comme il dit, mais celles des Articles XXXIV & LXII de l’édition
de Paris, ou les Theoremes IV & XII de celles de Mons.
Ajoûtant que sans les lumieres & les bons conseils
de ce grand Geometre, cet Ouvrage seroit encore plus imparfait & n’auroit
peut-étre jamais paru. Je ne sçai si l’on ne s’appercevra pas, qu’un
si utile secours a manqué trop-tost à nôtre Auteur. Ce n’est pas qu’
... & que dans le fond son livre ne soit très-bon, mais il auroit
pu étre meilleur. Il semble que Mr. Le Poivre l’ait écrit un peu à
la hâte, fatigué sans doute des trois années de travail emploiez à
mediter le projet & a chercher la démonstration.
L’Auteur du Journal a bien deviné qu’il auroit pû
étre meilleur, mais il n’est devenu tel, qu’aprés la mort de Mr. de
l’Hôpital, & voici comment. J’avois remarqué dans l’une des Figures
des propositions dont je viens de parler de l’édition de Paris, la
ligne Gq qui n’étoit point dans mes figures & au contraire la ligne
sb dans mes figures qui n’étoient point dans cet antre : D’où je conclus,
que mes démonstrations n’etoient point encore aussi generales qu’elles
pouvoient l’étre : & c’est ce qui me donna l’occasion de reformer
mon ouvrage en la maniere qu’il se trouve dans cette nouvelle édition.
Il a ômis la proprieté des foiers, qui est une des
plus considerables : Mais c’est apparemment qu’il n’avoit rien de
particulier sur cela.
Dans un projet de Preface que j’avois communiqué
a l’Auteur du Journal, je disois que je n’avois pas voulu mettre cette
proprieté parce que je n’avois rien de particulier sur cela. Pourquoi
donc ajoûte-t’il cet apparemment ? C’est afin de faire entendre qu’il
prend mon parti, & qu’il m’excuse autant qu’il le peut, & de donner
par la plus de poids a sa critique.
BIBLIOGRAPHIE
Liste des abréviations utilisées
A.D.L. Archives départementales de Lille.
A.E.M. Archives de l’Etat à Mons.
A.G.R. Archives Générales du Royaume.
B.R. Bibliothèque Albert 1er à Bruxelles.
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B.U.M.H. Bibliothèque de l’Université de Mons-Hainaut.
CC. Chambre des Comptes.
Bibliographie spéciale pour la généalogie de la Famille
Le Poyvre [70]
Les manuscrits généalogiques (ordre alphabétique)
BRAMBILLA, Généalogies diverses, B.R., fonds Goethals,
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Casimir de SARS, Généalogies valenciennoises, t. 8, famille Le Poivre,
p. 621 à 644, B.M.V., mss 816.
Charles LE CLERCQ, Extrait de la généalogie des surnommez Le Poivre
tiré des mémoires de Charles Le Clercq de Chaufontaine, résident à
Mons, A.E.M., famille 1022.
Documents divers pour la famille Le Poivre, B.R., fonds Goethals,
2213 et 2214.
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Mémoire des épitaphes de la maison Le Poyvre, copie du 17e siècle,
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La maison des Pomereaulx, avec la généalogie de la famille Le Poyvre
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Recueil de généalogies de familles des Pays-Bas, de France et d’Allemagne,
f. 25 recto : Le Poyvre, B.R., fonds Goethals, 734.
Manuscrits (ordre alphabétique)
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ville d’Ath : Table des baptêmes (paroisse de Saint-Julien) ; Angre
s.d. - Table des mariages (paroisse de Saint-Julien) ; Angre 1890
- Table des décès (paroisse de Saint-Julien) 1720 à 1796 ; Angre 1890.
BERNIER, Th., Table des registres paroissiaux de la ville de Mons
: Table des baptêmes de 1566 à 1796 ; Angre 1883-1884 - Table des
mariages de 1585 à 1796 ; Angre 1883-1884 - Table des décès (1597-1796)
; Angre 1883-1884.
BERNIER, Th., Table des registres paroissiaux de la ville de Soignies
: Table des baptêmes de 1598 à 1715 ; Angre 1881 ; de 1715 à 1797
; Angre 1881 - Table des mariages de 1605 à 1797 ; Angre 1881 - Table
des décès de 1654 à 1797 ; Angre 1881.
Bourgeoisie et choses communes de 1584 à 1590 et 1593, B.M.V. 705.
Comptes des confiscations, A.G.R., CC., 10125, f. 39 recto ; 10133,
f. 42 recto et verso.
Comptes des fortifications de Valenciennes, B.M.V., CC., vu de 1582
à 1617.
Comptes du domaine de Mons du 1er octobre 1593 au 30 septembre 1594,
A.D.L., Cc, B9665, f. CLXXVI verso.
Comptes du domaine de Mons (ancien domaine), A.G.R., Cc, 9799 (1594-1595)
9831 (1626-1627).
Comptes du domaine de Mons, pièces comptables, A.G.R., acquits de
Lille, 1854 (1591) à 1869 (1625).
Comptes du domaine de Valenciennes, A.D.L., B10019 (1598), f. CIII
verso.
Conseil des Troubles, A.G.R., 315.
Liste des magistrats de la ville de Valenciennes, B.M.V., 739.
Partages (1451 à 1615) 8 de la série P. 1 à 38, A.E.M.
Partages (1451 à 1615) 81 de la série P. 75 à 131, A.E.M.
Quittance de Pierre Le Poivre exécuté en 1576 par le Conseil des Troubles,
A.E.M., P 410 (liasse d’acquits pour la Recette générale des Aides).
Registres de Bourgeoisie, A.E.M., 1352 de 1559 à 1579 ; 1580 à 1585.
Registres paroissiaux de Mons (baptêmes-mariages-décès) pour la fin
du 16e siècle, le 17e siècle et le début du 18e siècle, A.E.M.
Registres paroissiaux de Valenciennes (baptêmes-mariages-décès) pour
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LE BOUCQ, Simon, Histoire des Troubles de Valenciennes advenues à
cause des hérésies depuis 1562 jusqu’en 1579, par -, ecuyer, sgr de
la Mouzelle, prévost de Valenciennes, né le 15 juin 1591, mort le
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de Soumoy, Bruxelles, 1864.
VERHEYDEN, A.L.E., Le Conseil des Troubles, liste des condamnés (1567
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WELLENS, R., Jacques Du Broeucq, p. 63 ; Bruxelles, 1962.
Ouvrages où il est spécifiquement question de Jacques-François
Le Poivre (par ordre chronologique)
- 1704
Journal des Sçavans pour l’année M.DCCIV, n° XXVI, du 30 juin
1704, p. 411-416 ; édition de Liège, 1704, t. VIII, p. 657-659
; édition d’Amsterdam, 1705, t. XXXII, p. 649-658.
- 1707
Acta eruditorum, Leipzig, mars 1707, p. 132-133, plus une planche
hors texte.
[M. MAHONEY, auteur de la notice sur Le Poivre dans le Dictionary
of Scientific biography, signale qu’une note manuscrite figurant
en marge dans l’exemplaire conservé à Princeton donne Christian
WOLFF comme étant l’auteur de cet article].
- 1725
DE BOUSSU, Gilles, Histoire de la Ville de Mons, Mons, 1725, p.
431. Voir également les notes inédites de De Boussu (cf. A. Mathieu).
- 1837
CHASLES, Michel, Aperçu historique sur l’origine et le développement
des méthodes en géométrie, particulièrement de celles qui se rapportent
à la géométrie moderne, t.XI des Mémoires couronnés de l’Académie
Royale de Bruxelles, Bruxelles, 1837. Cet ouvrage a connu deux
rééditions en 1875 et en 1889.
- 1848
MATHIEU, Adolphe, Biographie Montoise, chez Emm. Hoyois, Imprimeur-Libraire-Editeur
à Mons, 1848, avec une notice sur Jacques Le Poivre, p. 221.
- 1848
QUETELET, Adolphe, Le Poivre, géomètre Montois, Mémoires et Publications
de la Société des Sciences, des Arts et des Lettres du Hainaut,
année 1847-1848, chez Emm. Hoyois, Imprimeur-Libraire-Editeur
à Mons, 1848, p.27-32.
- 1853
WINS, Camille, Ecrivains Montois. Jacques-François Le Poivre,
Mémoires et Publications de la Société des Sciences, des Arts
et des Lettres du Hainaut, année 1852-1853, Imprimerie Masquillier
et Lamir, Mons, 1853, p. 132-160, plus une planche. Cette publication
comporte une notice biographiques sur Jacques-François Le Poivre,
suivie d’une réédition du Traité des Sections du Cône de 1708.
- 1854
Réimpression du traité de 1708 sous la forme d’une plaquette de
62 pages plus une planche ; il s’agit en fait de la réimpression
de la réédition de 1853 (ci-avant) accompagnée de notices d’Adolphe
Quételet et de Camille Wins, chez Masquillier et Lamir, Mons,
1854.
- 1858
ROUSSELLE, Hyppolyte, Annales de l’imprimerie à Mons de 1850 à
nos jours, Bibliographie montoise, Mons-Bruxelles, 1858, p. 335-338.
- 1859
Notice sur Poivre (Jacques-François Le -), Mémoires et Publications
de la Société des Sciences, des Arts et des lettres du Hainaut,
année 1857-1858, Imprimerie Masquillier et Lamir, Mons, p. 361-362.
- 1859
Le Poivre, Nouvelle biographie générale depuis les Temps les plus
reculés jusqu’à nos jours, avec les renseignements bibliographiques
et l’indication des sources à consulter (article signé des initiales
E.M. ) ; publiée par MM. Didot Frères, sous la direction de M.
le Dr Hoefer, t. XXX, Paris, 1859, p. 852.
- 1862
PONCELET, Jean-Victor, Application d’Analyse et de géométrie,
qui ont servi zn 1822, de principal fondement au Traité des Propriétés
projectives des Figures, t. I, chez mallet-Bachelier, Impr.-Lib.,
Paris, 1862, t. II, chez Gauthier-Villars, successeur, Paris,
1864. En particulier, t. I, Ve cahier, p. 274, note (*).
QUETELET, Adolphe, Histoire des Sciences mathématiques et physiques
chez les Belges, chez M. Hayez, Imprimeur de l’Académie royale,
Bruxelles, 1864, p. 271-274. On y retrouve à quelques détails
près le texte de 1848.
- 1865
CHASLES, Michel, Traité des sections coniques, faisant suite au
Traité de Géométrie supérieure, Paris, Gauthier-Villars, 1865,
en particulier p. 174, note (*).
- 1875
VAN BEMMEL, Eugène, Patria Belgica, Encyclopédie nationale ou
Exposé méthodique de toutes les connaissances relatives à la Belgique
ancienne et moderne, physique, sociale et intellectuelle publiée
sous la direction de M. Eugène Van Bemmel, Professeur à l’Université
de Bruxelles, ancien Directeur de la « Revue Trimestrielle ».
Troisième partie, Belgique morale et intellectuelle, chez Bruylant-Christophe
& Cie, Bruxelles, 1875, p. 172.
- 1876
DEVILLERS, Léopold, Biographie Montoise, notes supplémentaires,
Note biographique sur Jacques Le Poivre, Mémoires et Publications
de la Société des Sciences, des Arts et des Lettres du Hainaut,
IVe série, t. I, année 1875, Mons, 1876, p. 420-421.
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CAMBIER, Augustin, Notice sur les ouvrages de J.-F. Le Poivre,
mémoires et Publications de la Société des Sciences, des Arts
et des Lettres du Hainaut, IVe série, t. II, année 1876, Mons,
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- 1887
LE PAIGE, Constantin, Lettre de M. Le Paige, professeur à l’Université
de Liège, à M.G. de Longchamps, Journal de Mathématiques spéciales,
Paris, décembre 1887. Cette lettre fut reprise intégralement dans
les mémoires et Publications de la Société des Sciences, des Arts
et des Lettres du Hainaut, IVe série, t. X, année 1882-1887, Mons,
1888, p. 587-590.
- 1891
LE PAIGE, Constantin, Le Poivre (Jacques-François), Biographie
Nationale, t. XI, Bruxelles, 1890-1891, col. 886-888.
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MATTHIEU, Ernest, LE POIVRE, Jacques-François (notice signée B.N.),
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GODEAUX, Lucien, Un précurseur belge de la géométrie projective
: Jacques-François Le Poivre. Comptes rendus du IIe Congrès national
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GODEAUX, Lucien, Les Géométries, coll. A. Colin, n° 206, Librairie
Armand Colin, Paris, 1937, 2e éd., 1941. Edition consultée : 5e
éd., 1960, chap. III, la géométrie projective, § 29, Les travaux
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royale des Sciences de Liège, n° 5, 1946, Bruxelles, 1946, p.
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GODEAUX, Lucien, La naissance et le développement de la Géométrie,
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à l’Université de l’Etat à Mons, par Marie-Thérèse ISAAC, Etudier
l’Histoire des Sciences, sous la dir. de R. HALLEUX et P. LEFEBVRE,
Bruxelles, 1987.
- 1989
LANIER, D., et LE GOFF, Jean-Pierre, L’Héritage arguésien, Scholies,
Actes du Séminaire Interdisciplinaire d’Histoire des Sciences
du Lycée Malherbe de Caen, n° 7, février 1989 et n° 8, juin 1989
et Cahiers de la perspective, Institut de recherches sur l’Enseignement
des Mathématiques de Bassse-Normandie, Caen, n° 5, juin 1991 ;
à paraître dans les Cahiers d’Histoire et de Philosophie des Sciences,
Actes des colloques de Lille et Paris organisés en 1989 par le
Séminaire d’Histoire, Théorie et pratique de la Perspective.
- 1990
LE GOFF, Jean-Pierre, Une oeuvre oubliée de Jacques-François Le
Poivre : le Traité des Sections du Cone... de 1708, pré-publication
polycopiée de Basse-Normandie, Caen, décembre 1990.
- 1993
LE GOFF, Jean-Pierre, Un auteur méconnu et une oeuvre oubliée
: Jacques-François Le Poivre (1652 ?-1710), & son Traité des Sections
du Cone..., Mons, 1708, Cahiers de la perspective, Institut de
recherches sur l’Enseignement des Mathématiques de Basse-Normandie,
Caen, n° 6, juin 1993.
Notes
[1]Cette absence
est d’autant plus étonnante que René Taton s’est intéressé au moins
à deux reprises à l’œuvre de Jacques-François Le Poivre. Il lui a
consacré quelques lignes dans deux de ses livres. Nous citons les
références de ces ouvrages dans la bibliographie reprise à la fin
de cet article.
[2] René TATON,
(sous la dir. de), Histoire générale des Sciences, Paris, P.U.F.,
1957-1961.
[3] Dictionary of Scientific Biography,
New-York, 1970-80, Le Poivre, t. 8, 1973, p. 252-253.
[4] Acta eruditorum, Leipzig, mars
1707.
[5] Ce n’est qu’à partir du XVIIe
siècle que le y de Poyvre sera remplacé par un i. Nous respectons dans
ce qui suit les formes rencontrées dans les documents que nous avons
consultés.
[6] Apparu sous le règne de Philippe-Auguste,
le titre de chevalier banneret s’applique aux seigneurs qui avaient
le droit de porter la bannière carrée dans l’armée du roi, alors que
les seigneurs de rang moindre ne pouvaient arborer que des fanions triangulaires.
Ce titre n’était attribué qu’aux seigneurs d’un fief comptant un nombre
suffisant de vassaux qui devaient se ranger sous ses ordres et le suivre
lorsque le roi convoquait un ban.
[7] Abbaye cistercienne située au
sud-ouest de Senlis.
[8] Un manuscrit que nous avons pu
retrouver et dont une copie sur microfilm est conservée à la Bibliothèque
de l’Université de Mons-Hainaut établit la liste des propriétés terriennes
qui appartenaient à un Le Poyvre (Jacques) à la fin du XVIe siècle,
ainsi que les revenus qu’il en tirait. Ces biens s’étendent sur tout
le Hainaut d’alors. Une analyse approfondie de ce document reste à faire.
[9] Ce Pierre Le Poyvre est l’arrière-petit-fils
de Thibaut et d’Adelize Guérin.
[10] Cf. L’Histoire de Valenciennes
de Henri d’Oultreman (vers 1639).
[11] A.G.R. : coll. Sigil. NE 27277
B Cet écu blasonnait le sceau de la paroisse et seigneurie de Mullem
en 1694 suite à l’établissement d’une branche de la famille Le Poivre
dans cette commune de Flandre. Il fut repris ensuite par les comtes
de Carnin-Staden consécutivement à des alliances avec les Le Poivre.
On le trouve également reproduit, à quelques variantes près, en tête
de l’album de Pierre Le Poivre conservé à la Bibliothèque Royale.
[12] Le premier Le Poyvre qui exerça
les fonctions de bourgmestre fut Jean Le Poyvre, mort en 1547, issu
du second mariage de Jean Le Poyvre et de Georgine de Wadripont. Jean
Le Poyvre avait épousé Agnès de Heurnes, fille de Barbe Stommelinckx
et de Louis de Heurnes. C’est par cette voie qu’il devint bourgmestre
de Audenarde. Son fils, Louis, et son petit-fils, Jean lui ont succédé.
Signalons encore que Louis avait épousé Isabelle de Lalaing, fille de
Philippe de Lalaing, ambassadeur de S.M. l’empereur en France, et de
Florence de Rechem.
[13] Casimir de Sars est le seul
auteur qui donne quelques précisions sur cette branche de la famille
Le Poyvre. Mais il est évident que les renseignements fournis sont loin
d’être complets.
[14] Ce Pierre Le Poyvre a souvent
fait l’objet d’études malheureuse-ment incomplètes. Le travail le plus
élaboré qui lui a été consacré est celui de William Devos, Pierre Le
Poivre, architecte et ingénieur, sa vie, ses oeuvres (1546 ?- 1626),
Mémoire de licence ; Bruxelles 1965. Nous réservons ce sujet à une publication
ultérieure.
[15] Ces événements dépassent largement
le cadre de Valenciennes et sont liés à la répression organisée par
l’Eglise catholique contre les Protestants.
[16] In Histoire des Troubles de
Valenciennes advenues à cause des hérésies depuis 1562 jusqu’en 1579,
par Simon Le Boucq, écuyer, seigneur de la Mouzelle, prévost de Valenciennes,
né le 15 juin 1591, mort le 1er septembre 1657, publiée avec notice
et annotations par A.PL. De Roubaulx de Soumoy, Bruxelles, 1864, p.
36.
[17] Ernest MATTHIEU, Biographie
du Hainaut, t. 2, Enghien, 1903, p. 84-85.
[18] Compte de la grande maltôte
de Mons, de la Saint Remi 1572 à la Saint Remi 1573, in Annales du Cercle
Archéologique de Mons, t. 20, Mons, 1887, p. 422.
[19] A.E.M., Registres de bourgeoisie,
n°s 1352 et 1353.
[20] A.G.R., CC, Comptes du domaine
de Mons, assennes, n° 10133, f. 42 recto et verso.
[21] Aujourd’hui rue de la Biche.
[22] A.G.R., CC, Comptes du domaine
de Mons, assennes, n° 10125, f. 39 et A.E.M., n° P410.
[23] Thierry Le Poyvre est cité
dans la liste des prévôts de Valenciennes en 1503 par Henri d’Oultreman
(cf. note 10).
[24] Pasquette de Quaroube était
la fille de Georges et de Péronne Grebert ; elle donna un autre fils
à Thierry, Guillaume, mort sans hoirs à Valenciennes en 1549. Elle mourut
jeune et Thierry épousa en secondes noces la cousine de Pasquette, Jeanne
de Quaroube, fille de Guillaume, seigneur d’Escarmaing. De ce second
lit vinrent trois enfants : Jacqueline qui épousa Artus de Meghem (grand
fauconnier de l’empereur Maximilien et de Philippe le Beau, mort à Vilvorde
le 17 avril 1538), Catherine, mariée à Arnould N. et Philipotte, mariée
à Claude du Terne de Mons.
[25] Le contrat de mariage est conservé
aux A.E.M., P8, recueil n° 1. Beaumont-Rambouillet est une famille reconnue
entre les Patrices de Cambray dès l’an 1250 en la personne de Jean de
Beaumont. Adrienne de Beaumont était la fille de Jean, seigneur de Serainviliers
en partie, et de Hélène de Bullecourt. Elle fut mariée en secondes noces
à Jean de Haynecourt, dit le borgne, d’où sortit Jean de Haynecourt,
dit borgnet.
[26] Haynin ou Hennin. On trouve
également dans cette famille de nombreuses alliances avec les Grebert
et les du Gardin. Cette famille n’a rien à voir avec les Hénin-Liétard.
[pupuce]
[27] Matricule de l’Université de
Louvain, février 1528-février 1569 : Poyvre Anthonius Valenchenensis
1547 3562.
[28] De Seyn, Dictionnaire des Communes
Belges, t. II, p. 811 [887] et Armorial des Provinces et des Communes
de Belgique, 1969, p. 614.
[29] A.E.M. Registre des naissances,
224 G 37.
[30] A.E.M. Registre des mariages,
139 G 57. Une Jeanne de Hennin est témoin au mariage de Jacques Le Poivre
et de Catherine Demeurs.
[31] A.E.M. Registre des naissances,
123 G 36.
[32] A.E.M. Registre des naissances,
99 G 35.
[33] Charles Leclercq, neveu de
Marguerite Le Poivre, a laissé des Mémoires manuscrits conservés aux
A.E.M. (famille 1022) où il retrace une généalogie malheureusement fort
incomplète de la descendance de Thierry Le Poivre.
[34] Voir plus loin nos remarques
sur le Père François Noël (note 44).
[35] Nous faisons constamment référence
dans ce qui suit aux deux traités connus de Le Poivre que nous détaillerons
plus loin ; nous nous contenterons dans le texte de les désigner sous
le titre Traité de 1704 (ou Traité parisien), et Traité de 1708 (ou
Traité montois).
[36] La gnomonique est l’art de
construire des cadrans solaires. Cette technique est évidemment propice
à l’étude des ombres portées sur des surfaces planes et, partant, à
l’étude des coniques.
[37] L’analemme consiste en la projection
orthographique des cercles de la sphère sur le plan du méridien, permettant
de trouver la hauteur d’un astre à un moment donné ainsi que l’heure
de son passage au méridien.
[38] Instrument dont on se servait
pour déterminer la hauteur des astres au-dessus de l’horizon.
[39] Traité de 1708, Préface, p.
5.
[40] Préface du traité de 1704 et
le traité de 1708, p. 38.
[41] Cf. annexe 1.
[42] Paru à Mons en 1687 chez Gaspard
Migeot – Cf. Bibliographie montoise – Annales de l’imprimerie à Mons
de 1580 jusqu’à nos jours, par Hippolyte Rousselle, Mons-Bruxelles,
1858, p. 335 et 338. Signalons que ce traité a été réédité plusieurs
fois jusqu’au XIXe siècle sous le simple titre de Traité d’arithmétique,
mais sans la moindre mention du nom de l’auteur.
[43] GUITEL, G., Histoire comparée
des numérations écrites, Paris, 1975.
[44] SAUVAGE, Pierre, s.j., Un ancien
élève du Collège qui fut un des plus célèbres missionnaires en Chine
au XVIIe siècle, le Père François Noël s.j. (1651-1729), in Les jésuites
à Mons (1584-1598-1998). Liber Memorialis, Mons, 1999.
[45] Roger RAPAILLE, Le siège de
Mons par Louis XIV en 1691, Mons, 1992.
[46] Le 20 septembre 1697, la paix
de Rijswijk rendait Mons aux Espagnols. C’est pour célébrer le départ
des troupes françaises que le Grand Electeur de Bavière, Maximilien-Emmanuel,
a fait son entrée à Mons l’année suivante.
[47] Gilles-Joseph DE BOUSSU, Histoire
de la ville de Mons, Mons, 1725, p. 315.
[48] Guillaume de l’Hôpital, chevalier,
marquis de Sainte-Mesme, comte d’Autremont, seigneur d’Ouques , la Chaise,
le Bréan et autres lieux, est le fils d’Anne de l’Hôpital, lieutenant
général des armées du roi, premier ecuyer de SAR Monsieur Gaston, duc
d’Orléans, et d’Elisabeth Gobelin, fille de Claude Gobelin, intendant
des armées du roi et conseiller d’Etat ordinaire. La famille de l’Hôpital
est ancienne ; elle doit sous ascension fulgurante à la participation
de François de l’Hôpital, alors qu’il était enseigne de la garde des
gendarmes du roi, à l’assassinat du maréchal d’Ancre, Concino Concini,
époux de la favorite de Marie de Médicis, Léonora Galigaï. La disparition
de Concini a permis à Louis XIII de devenir véritablement roi de France.
En récompense du service rendu, François de l’Hôpital et son frère aîné,
le marquis de Vitry, qui l’accompagnait le jour de l’assassinat, devinrent
tous deux maréchaux de France. Tous deux étaient de la branche cadette.
Guillaume faisait partie de la branche aînée.
[49] L’Hôpital est membre de l’Académie
des Sciences depuis 1693 ; Le Poivre dédie son traité parisien à l’Abbé
Bignon, présidant cette même Académie.
[50] Guillaume de l’Hôpital avait
embrassé la carrière militaire dès sa jeunesse. Capitaine de cavalerie
dans le régiment colonel-général, il dut abandonner la carrière des
armes à l’âge de trente deux ans à cause de sa vue défaillante. Comme
nous savons qu’il était né en 1661, il faisait donc encore partie de
l’armée du roi en 1691 lors du siège de Mons par Louis XIV. Nous avons
pensé que Jacques-François Le Poivre et Guillaume de l’Hôpital auraient
pu se rencontrer lors du séjour des troupes françaises à Mons. Nous
n’avons pu jusqu’à présent ni confirmer, ni infirmer cette hypothèse.
[51] Le privilège accordé par le
roi le 13 janvier 1704, enregistré n° XCIV, p. 117 du Livre de la Communauté
des Libraires et Imprimeurs de Paris, le 23 janvier 1704, indique que
Le Poivre projetait la publication de trois ouvrages : des Elemens de
Geometrie démontrez sans le secours des proportions, accompagnez d’un
traité des Sections du Cylindre et du Cone, & nouvelle d’une gnomonique.
Les Elemens de Geometrie… sont peut-être le premier travail de Le Poivre
en la matière. A remarquer que la Nouvelle gnomonique, nous est restée
totalement inconnue. On peut penser que Le Poivre n’a jamais eu le temps
de la terminer car, dans son traité de 1708, il en parle comme étant
en cours de réalisation, et on sait qu’il est mort en 1710.
[52] Préface du traité de 1708,
p. 8.
[53] Guillaume de l’Hôpital, Traité
analytique des Sections coniques…, Paris, 1707 (éd. posthume).
[54] On sait fort peu de chose de
cet auteur, si ce n’est qu’il était professeur de mathématiques supérieures
à l’Athénée royal de Mons. Cambier a obtenu la médaille d’or au concours
de 1875 organisé par la Société des Sciences, des Arts et des Lettres
du Hainaut en répondant à la question suivante : « Une appréciation
raisonnée des ouvrages de J.-F. Le Poivre, géomètre montois ». Cette
question avait été proposée en 1872 ( séance du 16 mai 1872, question
XXII, reproduite dans les tomes 7-8, p. 151, IIIe série des publications
de la Société). La réponse de Cambier a paru dans le tome 2 de la IVe
série des publications de la Société des Sciences, des Arts et des Lettres
du Hainaut de 1876, pp.79-129, sous le titre Notice sur les ouvrages
de J.-F. Le Poivre. - Signalons qu’on a, du même auteur, un Mémoire
sur les sections coniques, paru dans le tome 3 de la IVe série des publications
de la même société, 1877, p. 323-342.
[55] Constantin Le Paige partage
d’ailleurs cet avis dans sa lettre à M. De Longchamps que nous reproduisons
à l’annexe 4.
[56] Jean-Pierre Le Goff, Un auteur
méconnu et une œuvre oubliée, Caen, 1993, p. 24-25.
[57] Dans l’Avertissement du Libraire,
en tête du traité de l’Hôpital, on peut en effet lire : « […] ce qui
m’a déterminé à l’imprimer [le traité] tel qu’il étoit, sans autre soin
que de faire en sorte qu’il le fut le plus correctement qu’il me seroit
possible, en cherchant quelque habile Géomètre, qui voulût bien veiller
à l’impression. La considération et l’estime des Sçavans pour l’Auteur,
m’en ont fait heureusement trouver deux celebres […] » , in J.-P. Le
Goff, op. cit., p. 24.
[58] Rappelons que Guillaume de
l’Hôpital est mort le 2 février 1704 et que son traité n’est paru qu’en
1707.
[59] J.-P. Le Goff a souligné un
fait curieux : Barthélémy Girin était spécialisé dans l’impression d’ouvrages
de médecine. On peut se demander pourquoi Le Poivre lui a confié la
réalisation de son traité.
[60] L’exemplaire conservé à la
Bibliothèque Nationale à Paris porte la cote V 18883. Le privilège date
du 13 janvier 1704 et ne mentionne pas le nom de l’auteur. L’arrêt a
été enregistré dans le Livre de la Communauté des Libraires & Imprimeurs
de Paris sous le n° XCIV, p. 117, le 23 janvier suivant (J.-P. Le Goff,
Un auteur méconnu… , p. 11, note 12).
[61] Journal des Sçavans, édition
de Liège, 1704, t. VIII, p. 657-659 ; édition d’Amsterdam, 1705, t.
XXXII, p. 649-658.
[62] Nous savons simplement, par
Le Poivre lui-même, que cet auteur le connaissait. Dans la Réponse qu’il
publie à la fin de son deuxième traité, il nous dit qu’il lui avait
confié une préface mais qu’elle n’a pas été respectée et que l’auteur
de l’article a utilisé, erronément, quelques confidences qu’il lui avait
faites. Cela sous-entend que l’auteur de la préface du traité parisien
et l’auteur du libelle ne font qu’un, et que c’est un familier de l’Hôpital
et de Le Poivre qui s’est rallié à la cause de La Hire.
[63] Les publications de ces trois
auteurs étant rares aujourd’hui, nous avons jugé utile de les reproduire
en annexe, au moins en ce qui concerne les parties relatives à Le Poivre.
[64] Le corps de l’ouvrage ne fait
que 25 pages, le reste étant constitué d’une préface et, à la fin de
l’ouvrage, d’une réponse détaillée à l’article du Journal des Sçavans.
Le seul exemplaire connu est conservé à la Bibliothèque de l’Université
de Mons sous la cote R.P. 13/G1. Camille Wins a réédité cet ouvrage
en 1853, puis en 1854, avec une notice du mathématicien et historien
de la science belge, Adolphe Quételet.
[65] Voir la note 46 supra.
[66] A.E.M. – Registre des décès
en date du 6 décembre 1710, n° 45 V 152.
[67] Depuis janvier 1706, Le Poivre
occupe la place de Contrôleur des ouvrages de la ville de Mons. D’après
les registres des Résolutions du Conseil de ville, la charge occupée
par Le Poivre avait été créée le 5 janvier 1619. Nous tenons ces renseignements
de la notice de C. Wins, op. cit. Une notice biographique ultérieure
donne cependant la précision suivante: « La charge de contrôleur des
ouvrages de la Ville de Mons étant devenue vacante par le décès de Michel
Marin, le conseil de cette ville la conféra, le 28 janvier 1706, à Jacques
Le Poivre. Celui-ci se démit de ces fonctions et la ville lui attribua,
le 30 octobre 1708, une pension annuelle de 400 livres, payable sur
les gages de son successeur » (cf. Léopold Devillers, Biographie Montoise,
Notes supplémentaires, dont une note biographique sur Jacques Le Poivre,
in Mémoires et Publications de la Société des Sciences, des Arts et
des Lettres du Hainaut, IVe série, t. I, Année 1875, Mons, 1876, p.
420-421).
[68] Voir à ce sujet René TATON,
L’œuvre mathématique de Girard Desargues, Paris, 1951.
[69] Le Révérend Père Mersenne.
[70] La liste
des sources consultées étant considérable, nous ne reprenons ici que
celles qui ont été utilisées pour le présent article.