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Date de création :
18 janvier 1994

Dernière mise à jour :
7 octobre 2003

 

 

 

 


Catégorie : Histoire des Sciences

Auteur : Emile Pequet

Titre : Charles Malapert (1581-1630)



Florissoit en ce temps Charles Malapert, prestre jésuite, natif de la ville de Mons. Il a mis en lumière des poèmes en lesquels, dit Valère André en sa Bibliothèque Belgique, l'on découvre une acuité d'esprit polie et un style net et poli.
(Vinchant, l'an 1614)

Charles Malapert est né à Mons en 1581. Sa famille, issue des seigneurs de Bazentin, comme l'attestent Gilles-Joseph de Boussu dans son Histoire de la Ville de Mons, et le Père Roland dans son Mémoire historique sur l'ancienne et illustre maison des seigneurs de Bazentin,..., fait partie de la haute bourgeoisie montoise. De sa jeunesse, on ne sait rien mais on peut supposer qu'il fait ses études dans sa ville natale, probablement au Collège de Houdain. A dix neuf ans, il entre dans la Compagnie de Jésus et est envoyé dans le célèbre collège de Pont-à-Mousson. Alors qu'il termine sa théologie, il y enseigne la philosophie. En 1615, nous retrouvons sa trace en Pologne. En quelle année quitte-t-il nos régions? Nous ne le savons pas exactement.
En 1606, il est toujours chez nous car il décrit dans son poème De Ventis la terrible tempête qui ravagea la Belgique et une partie du nord de la France le 28 mars, deuxième jour de Pâques. Cette tempête, d'après Gilles-Joseph de Boussu fut « si terrible qu'on se sauva dans les caves pour ne pas être écrasés par les bâtiments qui tomboient ... les bêtes emportées par la fureur des vents alloient s'écraser contre les murailles ... C'est de ce grand vent que le clocher de l'Abbaye des Ecoliers & celui de la ville d'Ath furent emportez, de même que la belle tour de l'église collégiale de St Pierre à Louvain » ; à cette liste, Vinchant, dans ses Annales de la Province et Comté du Hainaut, ajoute que « tombèrent du faîte de l'église Sainte-Waudru aucunes pierres pesantes plus de mille livres ... Ces vents apportèrent aussy grands intérests parmy le plat-pays de Haynaut, car ils firent tomber à bas les grandes flesches ou clochers d'Ath, Pomeroeul, Hercies, Tongre-Notre-Dame, d'Irsonwé, de Bouvignies, du Roeulx, Teusy, Rocroy, Hornu et d'autres villes et villages, auxquels lieux les églises furent grandement ruinées par le détombement de ces clochers ». La description versifiée de Malapert va dans le même sens et témoigne de sa présence en Hainaut au moment des faits.
En 1615, Malapert se trouve en Pologne : c'est là qu'a lieu la première parution de son recueil littéraire intitulé Poemata. Aucun élément ne nous permet de le situer entre ces deux dates.

Le séjour en Pologne

Dès la seconde moitié du XVIe siècle, une Province (au sens jésuite du terme) a été créée en Pologne pour y accueillir cinq collèges. Mais l'influence de cet ordre sur la Pologne n'est pas nouvelle. Avant leur installation dans ce pays, de nombreux étudiants polonais se rendaient déjà au collège de Vienne pour y profiter de leur enseignement. En 1608, cette Province est scindée en deux parties, l'une polonaise, l'autre lituanienne. Très vite, la Province polonaise compte quatorze collèges placés sous l'autorité de quelque trois cents religieux. Pendant toute la première moitié du XVIIe siècle, ce développement se poursuit avec la même vigueur. Pour faire face à cet accroissement, il faut bien entendu un nombre sans cesse croissant d'enseignants qui doivent être d'une exceptionnelle valeur car ils ont pour mission, parallèlement à leur charge d'enseignement, de gagner la confiance des hauts responsables polonais. Les jésuites s'installent principalement dans les centres de vie politique, sociale et culturelle. Les plus importants collèges sont ceux de Vilno (c'est en fait une université jésuite qui y est installée depuis 1578), Poznan, Jeroslaw et Lublin. C'est dans cette dernière ville que Charles Malapert fut envoyé pour enseigner les mathématiques.
Le Père Malapert remplit impeccablement sa double mission. Outre la qualité de son enseignement, il se lie avec quelques hauts dignitaires polonais : son recueil de poèmes est dédicacé au Prince Ladislas, fils du Roi Sigismond III, qui régnera sur la Pologne de 1632 à 1648 sous le nom de Ladislas IV. A Lublin, Malapert fait la connaissance de Jean Olesnica Olesniki à qui il dédicacera plus tard ses Elements d'Euclide; quant à son Oratio habita duaci, il le dédicacera au seigneur Pierre Zeronski dont le neveu est dans sa classe. On sait encore qu'il a été le professeur d'Alexis Silvius.

L'université de Douai

En 1619, Charles Malapert quitte la Pologne pour enseigner à l'université de Douai. C'est pendant cette période qu'il recevra la visite du R.P. Mersenne. Le cours qui lui est attribué est, à l'époque, un « cours accessoire » de la philosophie : le cours de mathématiques. A l'occasion de la leçon inaugurale, Malapert prononce un discours de quarante deux pages intitulé Oratio habita Duaci dum lectionem mathematicam auspicaretur. In qua de novis Belgici Telescopii phoenomenis non iniucunda quaedam Academice disputantur, et qui sera imprimé à Douai l'année suivante, chez Balthazar Bellère, sous la forme d'un petit in-8°.
Ce discours nous apprend que Malapert s'intéresse depuis un certain temps déjà à l'astronomie. Il nous y démontre qu'il est au courant des découvertes les plus récentes et qu'il a lu les ouvrages de plusieurs astronomes réputés de son temps. Ce discours annonce surtout les études ultérieures d'astronomie que Malapert réalisera et qui ne seront imprimées qu'en 1633, deux ans après sa mort. Malapert n'est évidemment pas un cas isolé. Nombre de jésuites - presque tous professeurs de mathématiques dans les collèges de la Compagnie - se sont adonnés à l'astronomie dans la première moitié du dix-septième siècle. Ils observèrent les éclipses de la Lune et du Soleil, les comètes, voire les taches solaires. Kircher installe le premier observatoire jésuite en France. Les stations d'observation se multiplient : Douai, Reims, La Flèche, Paris, Lyon et Avignon sont les plus importantes. Mais on en trouve également à Arras, Châlons, Langres, Dijon, Blois, Bourges, Grenoble et Embrun, pour ne citer que les « stations » françaises. Un réseau tout aussi important s'établit dans les Provinces jésuites des autres pays. Cette prolifération d'observatoires s'explique par le fait que les instruments utilisés à cette époque sont peu coûteux et sont souvent fabriqués par les observateurs eux-mêmes.
Toujours en 1620, paraissent simultanément son Arithmeticae practicae brevis institutio : in qua nova ratio dividendi per tabulam Pythagoricam et alia non passim obvia explicantur et son Euclidis elementorum libri sex priores.
Arrêtons-nous quelques instants sur ces ouvrages.

L' Oratio habita Duaci

Dans le discours qu'il prononce comme leçon inaugurale à l'université de Douai, les thèmes abordés par Malapert sont au nombre de cinq : le système du monde, les planètes et les nébuleuses, la Lune, les taches solaires et les comètes.
Quand on lit Malapert, il faut avoir constamment à l'esprit qu'il vit à la fin du XVIe siècle : les principes d'Aristote sont toujours fortement ancrés dans les esprits. En outre Malapert est jésuite, donc prudent par obligation, sinon par définition. Quand il évoque sa conception du système du monde, il préfère les vues plus réservées de Tycho Brahé à celles, novatrices, de Johannes Kepler, tout en reconnaissant cependant que certaines conclusions de Tycho Brahé ne concordent pas avec ses propres observations. Par contre, à propos de la nouvelle invention que constitue la lunette astronomique - qu'il nomme télescope - Malapert est débordant d'enthousiasme et en recommande instamment l'usage. Il en fut, incontestablement, un brillant utilisateur si l'on en juge par l'excellence de ses observations au cours desquelles il rivalise même parfois avec Galilée. Il est intéressant de constater ici que le jugement que Malapert porte sur Galilée est élogieux. Mais il est vrai qu'à l'époque où fut écrit l'Oratio, Galilée n'avait pas encore subi les foudres de l'Eglise.
Malheureusement les explications que tente de donner Charles Malapert ne sont pas toujours à la hauteur de ses observations. Pour sa défense, rappelons que d'autres grands savants ont émis également des hypothèses qui se sont révélées fausses quelques années plus tard. Tournant son télescope vers les planètes, il observe Vénus, Mars, Mercure, Saturne et Jupiter. Quant à la nébuleuse d'Orion, il la considère comme une réunion prodigieuse d'étoiles distinctes, à l'instar de ce que les Anciens pensaient de la voie lactée. A côté de cela, lorsqu'il observe Saturne, Malapert ne distingue les anneaux que comme deux proéminences latérales et, ne sachant les expliquer, il en appelle à la fable selon laquelle Saturne était doté d'une voracité telle « qu'il dévorait ses propres enfants ». Mais Kepler lui-même ne disait-il pas, en parlant des comètes, qu'elles « sont engendrées de l'excrément de l'air par une faculté animale' » et qu' « elles sont éphémères et périssables ». Les observations de la Lune sont incontestablement parmi les plus intéressantes que nous a léguées Malapert. Il explique l'existence de points lumineux dans la zone d'ombre comme étant les sommets de hautes montagnes que la lumière du Soleil peut encore atteindre en raison de leur altitude quand le pied de celles-ci est déjà plongé dans la pénombre. D'autre part, se basant sur la théorie de la projection stéréométrique du Père François d'Aiguillon, il démontre que l'obliquité sous laquelle se présente à nous les parties supérieures de la Lune tend à effacer les irrégularités tandis que les parties inférieures nous permettent de mieux pénétrer dans les profondeurs des dépressions. Partant, Malapert discute méthodiquement la question des montagnes et des vallées qui dessinent la surface de la Lune. Par ailleurs, Malapert peut être considéré comme l'un des premiers à avoir dressé une carte de la surface lunaire. Signalons qu'en hommage à ses travaux, les astronomes modernes ont baptisé de son nom l'un des cratères de la surface lunaire. Il se situe à 84,9° de latitude sud, et 12,9° de longitude est, et a un diamètre de 69 km. Il est amusant de constater que ce personnage presque complètement oublié dans sa ville natale, possède son cratère sur la Lune...
Lors d'un séjour à Ingolstadt, Malapert rencontre Christophe Scheiner. Ce dernier lui fait part de sa découverte des taches solaires. Ce phénomène, même Galilée n'en parle pas dans son Sidereus nuntius. Scheiner évite également d'en parler, suivant en cela les conseils de son Provincial, en raison de l'énormité de cette découverte qui allait à l'encontre des idées généralement admises sur la nature du Soleil. Malapert, par ses propres observations, affine celles de Scheiner : grâce à l'image projetée par la lunette sur une feuille de papier ou à l'observation directe au travers d'un verre noirci, il constate que le déplacement des taches solaires se fait d'est en ouest pendant une durée de quatorze jours et que leur mouvement se situe dans un plan légèrement incliné par rapport à l'écliptique. Charles Malapert émet l'hypothèse que le Soleil est formé de différentes couches concentriques. D'après lui, la couche externe est cristalline et ne brille que grâce à la lumière émise par le foyer central. Il postule alors que sous cette surface externe se déplacent des corps opaques qui interceptent les rayons lumineux provenant du centre. Il imagine alors tout un système ingénieux permettant de faire correspondre ses observations à son hypothèse. Pour décrire en détail sa théorie, Malapert nous laissera son Austriaca Sydera. Si les explications avancées par le Père Malapert peuvent faire sourire aujourd'hui, n'oublions cependant pas que bien d'autres astronomes réputés se sont perdus en conjectures sur ce phénomène dans les décennies qui ont suivi, comme le prouve les Mémoires de l'Académie des années 1776 et suivantes. Et soulignons encore une fois que, au-delà des explications avancées par le jésuite, ses observations restent un modèle de précision, et qu'à elles seules, elles suffisent à démontrer son mérite.
Il en est encore de même en ce qui concerne ses études sur les comètes. C'est sans conteste le passage de la belle comète de 1618 qui est à l'origine de l'intérêt que porte notre montois à ce phénomène. Cette comète, visible en pleine journée, fut la première dans l'histoire de l'astronomie a être observée à la lunette. Un grand nombre d'astronomes - dont Kepler - l'ont suivie pendant tout le temps qu'elle fut visible. Chambers nous en a laissé une belle description. Cette fois, en plus de ses propres observations, Malapert sent la nécessité de savoir ce que d'autres astronomes ont pu voir en d'autres endroits de la planète. Pour cela, le réseau de collèges de la Compagnie de Jésus va l'aider considérablement. Il échange une nombreuse correspondance avec ses collègues d'Anvers, de Paris, de La Flèche, de Rome, d'Ingolstadt, de Wurtzburg, de Pont-à-Mousson, de Mayence et de Trêves. De toutes ces informations, il déduit que les comètes ne sont pas des phénomènes atmosphériques comme on le croyait anciennement. Il donne avec précision la marche de cette comète dans la constellation du Bouvier, s'efforçant de la situer le plus exactement possible par sa position relativement aux étoiles proches de sa trajectoire. De nouveau, on ne peut qu'apprécier l'exactitude des observations de Malapert. Il semble cependant qu'il n'ait pas connu les travaux de ses prédécesseurs car Tycho Brahé était déjà arrivé à la conclusion que les comètes n'étaient pas des phénomènes atmosphériques en observant la comète de 1577. Il ne semble guère non plus que Malapert ait eu connaissance des travaux de Kepler qui, en plus de la comète de 1618, avait déjà étudié celle de 1607 et affirmait déjà "cette matière épaisse se rassemble sous une figure sphérique, elle reçoit et réfléchit la lumière du Soleil, et est mise en mouvement comme une étoile. Le Soleil la frappe par des rayons directs qui pénètrent sa substance, entraînant avec eux une partie de cette matière et sortent pour former au-delà cette trace de lumière que nous appelons queue de la comète. Cette action des rayons solaires atténue les particules qui composent le corps de la comète, elle les chasse, elle les dissipe; ainsi la comète se consume en expirant, pour ainsi dire, sa queue". Kepler reconnut même que l'extrémité de la queue se courbait parce que le noyau cométaire se mouvait avec plus de vitesse que l'extrémité de la queue. On constate une fois de plus, en comparant avec la citation de Kepler vue plus haut, que ce savant était capable du meilleur et du pire.

L' Arithmeticae practicae

Il y a peu de choses à dire de ce petit traité d'arithmétique élémentaire. Malapert n'a d'autre ambition dans cet ouvrage que de fournir un outil pratique pour le calcul. Il signale d'ailleurs à plusieurs reprises que les méthodes qu'il expose lui ont été d'un grand secours dans la résolution des problèmes de trigonométrie sphérique si utile en astronomie. Les quelques auteurs qui se sont penchés sur ce traité avant nous ont surtout souligné le procédé des multiplications et des divisions abrégées qu'y expose le jésuite. Intéressons-nous brièvement au cas de la multiplication.
Partant de la table ordinaire de multiplication dite de Pythagore, Malapert recommande de former un tableau rectangulaire dont le nombre de lignes est égal au nombre de chiffres composant le multiplicateur, et le nombre de colonnes, à celui du nombre de chiffres dans le multiplicande. A l'intersection de chaque ligne et colonne, on inscrit 'en diagonale principale' le résultat de la multiplication des chiffres situés en tête de la ligne et de la colonne. Ce résultat est formé d'un chiffre pour les unités et (éventuellement) d'un chiffre pour les dizaines. Il suffit alors d'additionner en suivant 'les diagonales secondaires' les résultats obtenus pour connaître la solution.
Par exemple, 416 multiplié par 31 s'écrit :
 
 

3
1
4
1
2
4
1
3
1
6
1
8
6
 

Commençant dans le bas inférieur droit du tableau, le chiffre des unités vaut 6 ;
le chiffre des dizaines s'obtient en additionnant 'en diagonale' : 8+1 = 9 ;
le chiffre des centaines, en additionnant 'en diagonale' : 1+3+4 = 8 ;
les unités de mille : 2 ;
les dizaines de mille : 1.
D'où la somme 12.896

D'aucuns ont voulu voir dans cette méthode le procédé repris plus tard par les premiers concepteurs de machines à calculer. Il semble en tout cas, d'après ce que nous dit l'auteur de l'Arithmiticae practicae, qu'il avait mis à la disposition de ces élèves un appareil permettant de mécaniser les opérations de calcul. Mais plus intéressante est la discussion qui tourne autour de la paternité de cette méthode. En effet, dans sa Rabdologie parue en 1617, Neper expose une méthode pratiquement identique. L'antériorité de la parution de son ouvrage semble donc pencher en faveur de ce dernier. Mais, dans leurs préfaces, Neper et Malapert annoncent qu'ils utilisent depuis longtemps ce procédé pour réaliser leurs calculs. De plus, Constantin Le Paige a signalé que le géomètre liégeois Jean Gallé avait déjà proposé cette méthode de calcul dès 1616. Alors ? Il nous semble pouvoir mettre tout le monde d'accord en signalant que la méthode exposée par l'un et par l'autre est déjà exposée dans le Cours abrégé de mathématiques (Hulasat al-hisab) de Beha'ad-Din al-Amuli (1547-1622). Cet auteur signale d'ailleurs qu'il n'en est pas l'inventeur et que ledit procédé était couramment utilisé à l'Ecole de Samarcande. Son ouvrage a très longtemps connu un vif succès en Turquie et il semble, d'après des témoignages que nous avons pu recueillir, qu'il serait encore enseigné aujourd'hui dans certaines écoles islamiques. Dont acte.
Ses découvertes en arithmétique, Malapert nous dit les devoir à Euclide. C'est ainsi qu'il remarque, en se basant sur la première proposition du deuxième livre des Eléments que le produit de deux nombres inférieurs à dix donne un résultat dont le chiffre des unités est égal à celui du produit des complémentaires à dix des nombres considérés ; quant au chiffre des dizaines, on l'obtient en soustrayant de l'un des facteurs (au choix) le complément à dix de l'autre. Ainsi, le produit de 8 par 6 donne la même unité que le produit (10-8)x(10-6), c'est-à-dire 8. Quant au chiffre des dizaines, il s'obtient soit par l'opération 8-(10-6), soit par 6-(10-8), c'est-à-dire 4. Le résultat donnant bien 48. Malapert ne précise pas que ce procédé n'est à appliquer que pour des nombres inférieurs à dix et supérieurs à 5, mais on peut postuler qu'il le sous-entend. Son souci de 'simplifier' la table de multiplication a le mérite de nous montrer combien la pratique du calcul à l'aide des chiffres arabes est encore mal assimilée à son époque.

Les Eléments de Géométrie d'Euclide.

En même temps que paraissait chez Bellère l'Arithmeticae practicae, un autre ouvrage du mathématicien montois sortait des presses du même imprimeur : les Euclidis elementorum. Malapert s'intéresse cette fois aux six premiers livres des Eléments d'Euclide et aux commentaires qu'en ont fait avant lui divers auteurs. Il s'inscrit dans la ligne directe des ouvrages de Clavius, le célèbre géomètre de la Compagnie de Jésus. Ce livre est avant tout un ouvrage didactique que Malapert destine aux élèves de l'université de Douai. L'accent est mis sur la méthode plus que sur le contenu. Pour Malapert, sans méthode, le progrès est impossible. Il gradue donc les difficultés et, au fur et à mesure que l'esprit les saisit, essaie de rendre compréhensibles les premiers principes. Il évite les démonstrations superflues pour aller à l'essentiel. L'important pour lui est l'ordre judicieux de la pensée et l'enchaînement logique du raisonnement. Il veut surtout apprendre à ses élèves, à travers les Eléments, à développer leur esprit d'analyse et de synthèse. C'est là l'innovation principale de Malapert.
Quatre éditions successives des Euclidis elementorum témoignent du succès remporté par cet ouvrage.

De Arras à Madrid

En 1626, la santé de Charles Malapert est défaillante. Pour alléger sa charge et en même temps récompenser son mérite, il est nommé recteur du Collège d'Arras où il restera jusqu'en 1629. A partir de ce moment, il se consacre entièrement à la rédaction de son ouvrage d'astronomie, intitulé Austriaca sidera heliocyclia astronomicis hypothesibus illigata.

Trois ans plus tard, en 1629, Philippe IV décide d'élever le collège des jésuites de Madrid au rang d'université. Il souhaite que les différentes chaires soient occupées par les plus grands esprits de la Compagnie. La réputation du Père Charles Malapert est devenue telle qu'on le désigne comme titulaire de la chaire de Mathématiques. Malgré sa santé toujours précaire, il considère comme un devoir d'obéir au désir de ses supérieurs et du souverain. Fin 1630, il se met en route mais n'arrivera jamais à Madrid. Le 5 novembre 1630, il meurt à Vittoria, épuisé par son voyage.

Les écrits scientifiques de Malapert

Arithmétique

Arithmeticae practicae brevis institutio : in qua nova ration dividendi per tabulam Pythagoricam et alia non passim obvia explicantur, Douai, Balthazar Bellère, 1620.

Cet ouvrage a fait l'objet de plusieurs rééditions.

Astronomie

Austriaca sidera heliocyclia astronomicis hypothesibus illigata.
Douai, Balth. Belllère, 1633 (ed. posthume) .

L'ouvrage est dédié au roi Philippe IV ; cal. de février 1627, fac. du 9 décembre 1628 , approbation du 11 décembre 1628.

Géométrie

Euclidis elementorum libri sex priores. Quorum demonstrationes tum alibi sparsim, tum maxime, libro quinto ad faciliorem captum accomodavit M..., etc , Douai, Balthazar Bellère, 1620.

Le privilège est du 6 novembre 1619 ; approbation du 20 décembre 1619. Dédicace : Juventuti mathematum studiosae in academia Duacensi.

Faciliorum geometriae elementorum , libri duo, Douai, ve P. Telu, 1624.
Fac. du 20 décembre 1619.

Ces deux traités ont été réédités plusieurs fois. D'un niveau élémentaire, ils visent surtout à mettre les élèves à même de mesurer un camp, d'évaluer des forces de l'ennemi, de savoir l'arpentage, etc. La seconde édition du premier traité contient un Appendix de Circulo (ne aliquot pagella vacaret)

Il existe également un ouvrage intitulé Commentaires d'Euclide incluant, sous le titre de Commentaires de Malapert, le texte de Malapert, relié avec des extraits de l'œuvre géométrique de Clavius. Son discours Oratio est à la fin de l'ouvrage sous le titre Oratio de laudibus Mathematicae. Son ouvrage sur l'astronomie s'y trouve également repris.

Sources bibliographiques:

Biographie nationale, tome XIII, Bruxelles, 1894-1895, col. 195-200, [art. Alphonse Roersch] ;
Boucheny, Récréations mathématiques, Paris, 1931 ;
Dainville, F. de, sj, L'Education des jésuites, (XVIe-XVIIe s.), Paris, 1978 ;
De Boussu, G., Histoire de la Ville de Mons, Mons, 1725;
Devriendt, François Charles Malapert
Iconographie montoise, portrait et notice de Le Tellier ;
Ktoczowski, J., Histoire religieuse de la Pologne, coll. Chrétiens dans l' Histoire, (sous la direction de -), éd. Du Centurion, 1987 ;
Le Paige, C., Notes pour servir à l'histoire des mathématiques dans l'ancien pays de Liège (Liège, 1890 ; p. 48 et suivantes. Extrait du Bull. inst. arch. Liég., tome XXI) ;
Merlin J.-C. et Verdenet M. Les Comètes, s.l.n.d. [1991] ;
Mathieu, A., Biographie montoise, pp. 223-225 ;
Roland, le Père, sj, Mémoire historique sur l'ancienne et illustre maison des seigneurs de Bazentin, de Montauban, de Hervilly, de Malapert, d'après ... d'Hosier... en 1642 Mons, Anvers, Manceaux-Hoyois, 1850 ;
Sommervogel, C., Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, Paris-Bruxelles, 1890-1909;
Vinchant, F., Annales de la Province et Comté de Haynau, Mons, 1648;
Youschkevitch, A., Les Mathématiques arabes (VIIIe-XVe siècles), Paris, Vrin, 1981.

Liens vers d'autres sites où il est question de Charles Malapert

Loyola University of Chicago : (en anglais )
http://www.luc.edu/libraries/science/jesuits/1620.html

Groupe de recherche 'The Galileo Project' : ( en anglais )
http://es.rice.edu/ES/humsoc/Galileo/Things/moon.html

Fairfield University : ( en anglais )
http://204.142.194.96/faculty/jmac/sj/lunacrat.htm
http://204.142.194.96/faculty/jmac/jp/jpcancos.htm

Museum in Kalisz : ( en polonais)
http://www.info.kalisz.pl/biograf/malapert.HTM