Florissoit
en ce temps Charles Malapert, prestre jésuite, natif de la ville
de Mons. Il a mis en lumière des poèmes en lesquels, dit
Valère André en sa Bibliothèque Belgique, l'on
découvre une acuité d'esprit polie et un style net et
poli.
(Vinchant, l'an 1614)
Charles
Malapert est né à Mons en 1581. Sa famille, issue des
seigneurs de Bazentin, comme l'attestent Gilles-Joseph de Boussu dans
son Histoire de la Ville de Mons, et le Père Roland dans son
Mémoire historique sur l'ancienne et illustre maison des seigneurs
de Bazentin,..., fait partie de la haute bourgeoisie montoise. De sa
jeunesse, on ne sait rien mais on peut supposer qu'il fait ses études
dans sa ville natale, probablement au Collège de Houdain. A dix
neuf ans, il entre dans la Compagnie de Jésus et est envoyé
dans le célèbre collège de Pont-à-Mousson.
Alors qu'il termine sa théologie, il y enseigne la philosophie.
En 1615, nous retrouvons sa trace en Pologne. En quelle année
quitte-t-il nos régions? Nous ne le savons pas exactement.
En 1606, il est toujours chez nous car il décrit dans son poème
De Ventis la terrible tempête qui ravagea la Belgique et une partie
du nord de la France le 28 mars, deuxième jour de Pâques.
Cette tempête, d'après Gilles-Joseph de Boussu fut «
si terrible qu'on se sauva dans les caves pour ne pas être écrasés
par les bâtiments qui tomboient ... les bêtes emportées
par la fureur des vents alloient s'écraser contre les murailles
... C'est de ce grand vent que le clocher de l'Abbaye des Ecoliers &
celui de la ville d'Ath furent emportez, de même que la belle
tour de l'église collégiale de St Pierre à Louvain
» ; à cette liste, Vinchant, dans ses Annales de la Province
et Comté du Hainaut, ajoute que « tombèrent du faîte
de l'église Sainte-Waudru aucunes pierres pesantes plus de mille
livres ... Ces vents apportèrent aussy grands intérests
parmy le plat-pays de Haynaut, car ils firent tomber à bas les
grandes flesches ou clochers d'Ath, Pomeroeul, Hercies, Tongre-Notre-Dame,
d'Irsonwé, de Bouvignies, du Roeulx, Teusy, Rocroy, Hornu et
d'autres villes et villages, auxquels lieux les églises furent
grandement ruinées par le détombement de ces clochers
». La description versifiée de Malapert va dans le même
sens et témoigne de sa présence en Hainaut au moment des
faits.
En 1615, Malapert se trouve en Pologne : c'est là qu'a lieu la
première parution de son recueil littéraire intitulé
Poemata. Aucun élément ne nous permet de le situer entre
ces deux dates.
Le séjour
en Pologne
Dès
la seconde moitié du XVIe siècle, une Province (au sens
jésuite du terme) a été créée en
Pologne pour y accueillir cinq collèges. Mais l'influence de
cet ordre sur la Pologne n'est pas nouvelle. Avant leur installation
dans ce pays, de nombreux étudiants polonais se rendaient déjà
au collège de Vienne pour y profiter de leur enseignement. En
1608, cette Province est scindée en deux parties, l'une polonaise,
l'autre lituanienne. Très vite, la Province polonaise compte
quatorze collèges placés sous l'autorité de quelque
trois cents religieux. Pendant toute la première moitié
du XVIIe siècle, ce développement se poursuit avec la
même vigueur. Pour faire face à cet accroissement, il faut
bien entendu un nombre sans cesse croissant d'enseignants qui doivent
être d'une exceptionnelle valeur car ils ont pour mission, parallèlement
à leur charge d'enseignement, de gagner la confiance des hauts
responsables polonais. Les jésuites s'installent principalement
dans les centres de vie politique, sociale et culturelle. Les plus importants
collèges sont ceux de Vilno (c'est en fait une université
jésuite qui y est installée depuis 1578), Poznan, Jeroslaw
et Lublin. C'est dans cette dernière ville que Charles Malapert
fut envoyé pour enseigner les mathématiques.
Le Père Malapert remplit impeccablement sa double mission. Outre
la qualité de son enseignement, il se lie avec quelques hauts
dignitaires polonais : son recueil de poèmes est dédicacé
au Prince Ladislas, fils du Roi Sigismond III, qui régnera sur
la Pologne de 1632 à 1648 sous le nom de Ladislas IV. A Lublin,
Malapert fait la connaissance de Jean Olesnica Olesniki à qui
il dédicacera plus tard ses Elements d'Euclide; quant à
son Oratio habita duaci, il le dédicacera au seigneur Pierre
Zeronski dont le neveu est dans sa classe. On sait encore qu'il a été
le professeur d'Alexis Silvius.
L'université
de Douai
En
1619, Charles Malapert quitte la Pologne pour enseigner à l'université
de Douai. C'est pendant cette période qu'il recevra la
visite du R.P. Mersenne. Le cours qui lui est attribué est, à
l'époque, un « cours accessoire » de la philosophie
: le cours de mathématiques. A l'occasion de la leçon
inaugurale, Malapert prononce un discours de quarante deux pages intitulé
Oratio habita Duaci dum lectionem mathematicam auspicaretur. In qua
de novis Belgici Telescopii phoenomenis non iniucunda quaedam Academice
disputantur, et qui sera imprimé à Douai l'année
suivante, chez Balthazar Bellère, sous la forme d'un petit in-8°.
Ce discours nous apprend que Malapert s'intéresse depuis un certain
temps déjà à l'astronomie. Il nous y démontre
qu'il est au courant des découvertes les plus récentes
et qu'il a lu les ouvrages de plusieurs astronomes réputés
de son temps. Ce discours annonce surtout les études ultérieures
d'astronomie que Malapert réalisera et qui ne seront imprimées
qu'en 1633, deux ans après sa mort. Malapert n'est évidemment
pas un cas isolé. Nombre de jésuites - presque tous professeurs
de mathématiques dans les collèges de la Compagnie - se
sont adonnés à l'astronomie dans la première moitié
du dix-septième siècle. Ils observèrent les éclipses
de la Lune et du Soleil, les comètes, voire les taches solaires.
Kircher installe le premier observatoire jésuite en France. Les
stations d'observation se multiplient : Douai, Reims, La Flèche,
Paris, Lyon et Avignon sont les plus importantes. Mais on en trouve
également à Arras, Châlons, Langres, Dijon, Blois,
Bourges, Grenoble et Embrun, pour ne citer que les « stations
» françaises. Un réseau tout aussi important s'établit
dans les Provinces jésuites des autres pays. Cette prolifération
d'observatoires s'explique par le fait que les instruments utilisés
à cette époque sont peu coûteux et sont souvent
fabriqués par les observateurs eux-mêmes.
Toujours en 1620, paraissent simultanément son Arithmeticae practicae
brevis institutio : in qua nova ratio dividendi per tabulam Pythagoricam
et alia non passim obvia explicantur et son Euclidis elementorum libri
sex priores.
Arrêtons-nous quelques instants sur ces ouvrages.
L' Oratio
habita Duaci
Dans
le discours qu'il prononce comme leçon inaugurale à l'université
de Douai, les thèmes abordés par Malapert sont au nombre
de cinq : le système du monde, les planètes et les nébuleuses,
la Lune, les taches solaires et les comètes.
Quand on lit Malapert, il faut avoir constamment à l'esprit qu'il
vit à la fin du XVIe siècle : les principes d'Aristote
sont toujours fortement ancrés dans les esprits. En outre Malapert
est jésuite, donc prudent par obligation, sinon par définition.
Quand il évoque sa conception du système du monde, il
préfère les vues plus réservées de Tycho
Brahé à celles, novatrices, de Johannes Kepler, tout en
reconnaissant cependant que certaines conclusions de Tycho Brahé
ne concordent pas avec ses propres observations. Par contre, à
propos de la nouvelle invention que constitue la lunette astronomique
- qu'il nomme télescope - Malapert est débordant d'enthousiasme
et en recommande instamment l'usage. Il en fut, incontestablement, un
brillant utilisateur si l'on en juge par l'excellence de ses observations
au cours desquelles il rivalise même parfois avec Galilée.
Il est intéressant de constater ici que le jugement que Malapert
porte sur Galilée est élogieux. Mais il est vrai qu'à
l'époque où fut écrit l'Oratio, Galilée
n'avait pas encore subi les foudres de l'Eglise.
Malheureusement les explications que tente de donner Charles Malapert
ne sont pas toujours à la hauteur de ses observations. Pour sa
défense, rappelons que d'autres grands savants ont émis
également des hypothèses qui se sont révélées
fausses quelques années plus tard. Tournant son télescope
vers les planètes, il observe Vénus, Mars, Mercure, Saturne
et Jupiter. Quant à la nébuleuse d'Orion, il la considère
comme une réunion prodigieuse d'étoiles distinctes, à
l'instar de ce que les Anciens pensaient de la voie lactée. A
côté de cela, lorsqu'il observe Saturne, Malapert ne distingue
les anneaux que comme deux proéminences latérales et,
ne sachant les expliquer, il en appelle à la fable selon laquelle
Saturne était doté d'une voracité telle «
qu'il dévorait ses propres enfants ». Mais Kepler lui-même
ne disait-il pas, en parlant des comètes, qu'elles « sont
engendrées de l'excrément de l'air par une faculté
animale' » et qu' « elles sont éphémères
et périssables ». Les observations de la Lune sont incontestablement
parmi les plus intéressantes que nous a léguées
Malapert. Il explique l'existence de points lumineux dans la zone d'ombre
comme étant les sommets de hautes montagnes que la lumière
du Soleil peut encore atteindre en raison de leur altitude quand le
pied de celles-ci est déjà plongé dans la pénombre.
D'autre part, se basant sur la théorie de la projection stéréométrique
du Père François d'Aiguillon, il démontre que l'obliquité
sous laquelle se présente à nous les parties supérieures
de la Lune tend à effacer les irrégularités tandis
que les parties inférieures nous permettent de mieux pénétrer
dans les profondeurs des dépressions. Partant, Malapert discute
méthodiquement la question des montagnes et des vallées
qui dessinent la surface de la Lune. Par ailleurs, Malapert peut être
considéré comme l'un des premiers à avoir dressé
une carte de la surface lunaire. Signalons qu'en hommage à ses
travaux, les astronomes modernes ont baptisé de son nom l'un
des cratères de la surface lunaire. Il se situe à 84,9°
de latitude sud, et 12,9° de longitude est, et a un diamètre
de 69 km. Il est amusant de constater que ce personnage presque complètement
oublié dans sa ville natale, possède son cratère
sur la Lune...
Lors d'un séjour à Ingolstadt, Malapert rencontre Christophe
Scheiner. Ce dernier lui fait part de sa découverte des taches
solaires. Ce phénomène, même Galilée n'en
parle pas dans son Sidereus nuntius. Scheiner évite également
d'en parler, suivant en cela les conseils de son Provincial, en raison
de l'énormité de cette découverte qui allait à
l'encontre des idées généralement admises sur la
nature du Soleil. Malapert, par ses propres observations, affine celles
de Scheiner : grâce à l'image projetée par la lunette
sur une feuille de papier ou à l'observation directe au travers
d'un verre noirci, il constate que le déplacement des taches
solaires se fait d'est en ouest pendant une durée de quatorze
jours et que leur mouvement se situe dans un plan légèrement
incliné par rapport à l'écliptique. Charles Malapert
émet l'hypothèse que le Soleil est formé de différentes
couches concentriques. D'après lui, la couche externe est cristalline
et ne brille que grâce à la lumière émise
par le foyer central. Il postule alors que sous cette surface externe
se déplacent des corps opaques qui interceptent les rayons lumineux
provenant du centre. Il imagine alors tout un système ingénieux
permettant de faire correspondre ses observations à son hypothèse.
Pour décrire en détail sa théorie, Malapert nous
laissera son Austriaca Sydera. Si les explications avancées par
le Père Malapert peuvent faire sourire aujourd'hui, n'oublions
cependant pas que bien d'autres astronomes réputés se
sont perdus en conjectures sur ce phénomène dans les décennies
qui ont suivi, comme le prouve les Mémoires de l'Académie
des années 1776 et suivantes. Et soulignons encore une fois que,
au-delà des explications avancées par le jésuite,
ses observations restent un modèle de précision, et qu'à
elles seules, elles suffisent à démontrer son mérite.
Il en est encore de même en ce qui concerne ses études
sur les comètes. C'est sans conteste le passage de la belle comète
de 1618 qui est à l'origine de l'intérêt que porte
notre montois à ce phénomène. Cette comète,
visible en pleine journée, fut la première dans l'histoire
de l'astronomie a être observée à la lunette. Un
grand nombre d'astronomes - dont Kepler - l'ont suivie pendant tout
le temps qu'elle fut visible. Chambers nous en a laissé une belle
description. Cette fois, en plus de ses propres observations, Malapert
sent la nécessité de savoir ce que d'autres astronomes
ont pu voir en d'autres endroits de la planète. Pour cela, le
réseau de collèges de la Compagnie de Jésus va
l'aider considérablement. Il échange une nombreuse correspondance
avec ses collègues d'Anvers, de Paris, de La Flèche, de
Rome, d'Ingolstadt, de Wurtzburg, de Pont-à-Mousson, de Mayence
et de Trêves. De toutes ces informations, il déduit que
les comètes ne sont pas des phénomènes atmosphériques
comme on le croyait anciennement. Il donne avec précision la
marche de cette comète dans la constellation du Bouvier, s'efforçant
de la situer le plus exactement possible par sa position relativement
aux étoiles proches de sa trajectoire. De nouveau, on ne peut
qu'apprécier l'exactitude des observations de Malapert. Il semble
cependant qu'il n'ait pas connu les travaux de ses prédécesseurs
car Tycho Brahé était déjà arrivé
à la conclusion que les comètes n'étaient pas des
phénomènes atmosphériques en observant la comète
de 1577. Il ne semble guère non plus que Malapert ait eu connaissance
des travaux de Kepler qui, en plus de la comète de 1618, avait
déjà étudié celle de 1607 et affirmait déjà
"cette matière épaisse se rassemble sous une figure sphérique,
elle reçoit et réfléchit la lumière du Soleil,
et est mise en mouvement comme une étoile. Le Soleil la frappe
par des rayons directs qui pénètrent sa substance, entraînant
avec eux une partie de cette matière et sortent pour former au-delà
cette trace de lumière que nous appelons queue de la comète.
Cette action des rayons solaires atténue les particules qui composent
le corps de la comète, elle les chasse, elle les dissipe; ainsi
la comète se consume en expirant, pour ainsi dire, sa queue".
Kepler reconnut même que l'extrémité de la queue
se courbait parce que le noyau cométaire se mouvait avec plus
de vitesse que l'extrémité de la queue. On constate une
fois de plus, en comparant avec la citation de Kepler vue plus haut,
que ce savant était capable du meilleur et du pire.
L' Arithmeticae
practicae
Il
y a peu de choses à dire de ce petit traité d'arithmétique
élémentaire. Malapert n'a d'autre ambition dans cet ouvrage
que de fournir un outil pratique pour le calcul. Il signale d'ailleurs
à plusieurs reprises que les méthodes qu'il expose lui
ont été d'un grand secours dans la résolution des
problèmes de trigonométrie sphérique si utile en
astronomie. Les quelques auteurs qui se sont penchés sur ce traité
avant nous ont surtout souligné le procédé des
multiplications et des divisions abrégées qu'y expose
le jésuite. Intéressons-nous brièvement au cas
de la multiplication.
Partant de la table ordinaire de multiplication dite de Pythagore, Malapert
recommande de former un tableau rectangulaire dont le nombre de lignes
est égal au nombre de chiffres composant le multiplicateur, et
le nombre de colonnes, à celui du nombre de chiffres dans le
multiplicande. A l'intersection de chaque ligne et colonne, on inscrit
'en diagonale principale' le résultat de la multiplication des
chiffres situés en tête de la ligne et de la colonne. Ce
résultat est formé d'un chiffre pour les unités
et (éventuellement) d'un chiffre pour les dizaines. Il suffit
alors d'additionner en suivant 'les diagonales secondaires' les résultats
obtenus pour connaître la solution.
Par exemple, 416 multiplié par 31 s'écrit :
|
3
|
1
|
|
4
|
1
2
|
4
|
|
1
|
3
|
1
|
|
6
|
1
8
|
6
|
Commençant
dans le bas inférieur droit du tableau, le chiffre des unités
vaut 6 ;
le chiffre des dizaines s'obtient en additionnant 'en diagonale' : 8+1
= 9 ;
le chiffre des centaines, en additionnant 'en diagonale' : 1+3+4 = 8
;
les unités de mille : 2 ;
les dizaines de mille : 1.
D'où la somme 12.896
D'aucuns
ont voulu voir dans cette méthode le procédé repris
plus tard par les premiers concepteurs de machines à calculer.
Il semble en tout cas, d'après ce que nous dit l'auteur de l'Arithmiticae
practicae, qu'il avait mis à la disposition de ces élèves
un appareil permettant de mécaniser les opérations de
calcul. Mais plus intéressante est la discussion qui tourne autour
de la paternité de cette méthode. En effet, dans sa Rabdologie
parue en 1617, Neper expose une méthode pratiquement identique.
L'antériorité de la parution de son ouvrage semble donc
pencher en faveur de ce dernier. Mais, dans leurs préfaces, Neper
et Malapert annoncent qu'ils utilisent depuis longtemps ce procédé
pour réaliser leurs calculs. De plus, Constantin Le Paige a signalé
que le géomètre liégeois Jean Gallé avait
déjà proposé cette méthode de calcul dès
1616. Alors ? Il nous semble pouvoir mettre tout le monde d'accord en
signalant que la méthode exposée par l'un et par l'autre
est déjà exposée dans le Cours abrégé
de mathématiques (Hulasat al-hisab) de Beha'ad-Din al-Amuli (1547-1622).
Cet auteur signale d'ailleurs qu'il n'en est pas l'inventeur et que
ledit procédé était couramment utilisé à
l'Ecole de Samarcande. Son ouvrage a très longtemps connu un
vif succès en Turquie et il semble, d'après des témoignages
que nous avons pu recueillir, qu'il serait encore enseigné aujourd'hui
dans certaines écoles islamiques. Dont acte.
Ses découvertes en arithmétique, Malapert nous dit les
devoir à Euclide. C'est ainsi qu'il remarque, en se basant sur
la première proposition du deuxième livre des Eléments
que le produit de deux nombres inférieurs à dix donne
un résultat dont le chiffre des unités est égal
à celui du produit des complémentaires à dix des
nombres considérés ; quant au chiffre des dizaines, on
l'obtient en soustrayant de l'un des facteurs (au choix) le complément
à dix de l'autre. Ainsi, le produit de 8 par 6 donne la même
unité que le produit (10-8)x(10-6), c'est-à-dire 8. Quant
au chiffre des dizaines, il s'obtient soit par l'opération 8-(10-6),
soit par 6-(10-8), c'est-à-dire 4. Le résultat donnant
bien 48. Malapert ne précise pas que ce procédé
n'est à appliquer que pour des nombres inférieurs à
dix et supérieurs à 5, mais on peut postuler qu'il le
sous-entend. Son souci de 'simplifier' la table de multiplication a
le mérite de nous montrer combien la pratique du calcul à
l'aide des chiffres arabes est encore mal assimilée à
son époque.
Les Eléments
de Géométrie d'Euclide.
En
même temps que paraissait chez Bellère l'Arithmeticae practicae,
un autre ouvrage du mathématicien montois sortait des presses
du même imprimeur : les Euclidis elementorum. Malapert s'intéresse
cette fois aux six premiers livres des Eléments d'Euclide et
aux commentaires qu'en ont fait avant lui divers auteurs. Il s'inscrit
dans la ligne directe des ouvrages de Clavius, le célèbre
géomètre de la Compagnie de Jésus. Ce livre est
avant tout un ouvrage didactique que Malapert destine aux élèves
de l'université de Douai. L'accent est mis sur la méthode
plus que sur le contenu. Pour Malapert, sans méthode, le progrès
est impossible. Il gradue donc les difficultés et, au fur et
à mesure que l'esprit les saisit, essaie de rendre compréhensibles
les premiers principes. Il évite les démonstrations superflues
pour aller à l'essentiel. L'important pour lui est l'ordre judicieux
de la pensée et l'enchaînement logique du raisonnement.
Il veut surtout apprendre à ses élèves, à
travers les Eléments, à développer leur esprit
d'analyse et de synthèse. C'est là l'innovation principale
de Malapert.
Quatre éditions successives des Euclidis elementorum témoignent
du succès remporté par cet ouvrage.
De Arras à
Madrid
En
1626, la santé de Charles Malapert est défaillante. Pour
alléger sa charge et en même temps récompenser son
mérite, il est nommé recteur du Collège d'Arras
où il restera jusqu'en 1629. A partir de ce moment, il se consacre
entièrement à la rédaction de son ouvrage d'astronomie,
intitulé Austriaca sidera heliocyclia astronomicis hypothesibus
illigata.
Trois
ans plus tard, en 1629, Philippe IV décide d'élever le
collège des jésuites de Madrid au rang d'université.
Il souhaite que les différentes chaires soient occupées
par les plus grands esprits de la Compagnie. La réputation du
Père Charles Malapert est devenue telle qu'on le désigne
comme titulaire de la chaire de Mathématiques. Malgré
sa santé toujours précaire, il considère comme
un devoir d'obéir au désir de ses supérieurs et
du souverain. Fin 1630, il se met en route mais n'arrivera jamais à
Madrid. Le 5 novembre 1630, il meurt à Vittoria, épuisé
par son voyage.
Les écrits
scientifiques de Malapert
Arithmétique
Arithmeticae
practicae brevis institutio : in qua nova ration dividendi per tabulam
Pythagoricam et alia non passim obvia explicantur, Douai, Balthazar
Bellère, 1620.
Cet ouvrage a
fait l'objet de plusieurs rééditions.
Astronomie
Austriaca
sidera heliocyclia astronomicis hypothesibus illigata.
Douai, Balth. Belllère, 1633 (ed. posthume) .
L'ouvrage
est dédié au roi Philippe IV ; cal. de février
1627, fac. du 9 décembre 1628 , approbation du 11 décembre
1628.
Géométrie
Euclidis
elementorum libri sex priores. Quorum demonstrationes tum alibi sparsim,
tum maxime, libro quinto ad faciliorem captum accomodavit M..., etc
, Douai, Balthazar Bellère, 1620.
Le
privilège est du 6 novembre 1619 ; approbation du 20 décembre
1619. Dédicace : Juventuti mathematum studiosae in academia
Duacensi.
Faciliorum
geometriae elementorum , libri duo, Douai, ve P. Telu, 1624.
Fac. du 20 décembre 1619.
Ces
deux traités ont été réédités
plusieurs fois. D'un niveau élémentaire, ils visent surtout
à mettre les élèves à même de mesurer
un camp, d'évaluer des forces de l'ennemi, de savoir l'arpentage,
etc. La seconde édition du premier traité contient un
Appendix de Circulo (ne aliquot pagella vacaret)
Il
existe également un ouvrage intitulé Commentaires d'Euclide
incluant, sous le titre de Commentaires de Malapert, le texte
de Malapert, relié avec des extraits de l'œuvre géométrique
de Clavius. Son discours Oratio est à la fin de l'ouvrage sous
le titre Oratio de laudibus Mathematicae. Son ouvrage sur l'astronomie
s'y trouve également repris.
Sources bibliographiques:
Biographie
nationale, tome XIII, Bruxelles, 1894-1895, col. 195-200, [art.
Alphonse Roersch] ;
Boucheny, Récréations mathématiques, Paris,
1931 ;
Dainville, F. de, sj, L'Education des jésuites, (XVIe-XVIIe
s.), Paris, 1978 ;
De Boussu, G., Histoire de la Ville de Mons, Mons, 1725;
Devriendt, François Charles Malapert
Iconographie montoise, portrait et notice de Le Tellier ;
Ktoczowski, J., Histoire religieuse de la Pologne, coll. Chrétiens
dans l' Histoire, (sous la direction de -), éd. Du Centurion,
1987 ;
Le Paige, C., Notes pour servir à l'histoire des mathématiques
dans l'ancien pays de Liège (Liège, 1890 ; p. 48 et
suivantes. Extrait du Bull. inst. arch. Liég., tome XXI) ;
Merlin J.-C. et Verdenet M. Les Comètes, s.l.n.d. [1991]
;
Mathieu, A., Biographie montoise, pp. 223-225 ;
Roland, le Père, sj, Mémoire historique sur l'ancienne
et illustre maison des seigneurs de Bazentin, de Montauban, de Hervilly,
de Malapert, d'après ... d'Hosier... en 1642 Mons, Anvers,
Manceaux-Hoyois, 1850 ;
Sommervogel, C., Bibliothèque de la Compagnie de Jésus,
Paris-Bruxelles, 1890-1909;
Vinchant, F., Annales de la Province et Comté de Haynau,
Mons, 1648;
Youschkevitch, A., Les Mathématiques arabes (VIIIe-XVe
siècles), Paris, Vrin, 1981.
Liens vers
d'autres sites où il est question de Charles Malapert
Loyola University
of Chicago : (en anglais )
http://www.luc.edu/libraries/science/jesuits/1620.html
Groupe de recherche
'The Galileo Project' : ( en anglais )
http://es.rice.edu/ES/humsoc/Galileo/Things/moon.html
Fairfield University
: ( en anglais )
http://204.142.194.96/faculty/jmac/sj/lunacrat.htm
http://204.142.194.96/faculty/jmac/jp/jpcancos.htm
Museum in Kalisz
: ( en polonais)
http://www.info.kalisz.pl/biograf/malapert.HTM